Le temps, notre allié

Editorial d'Eglise d'Autun N° 12 - 26 juin 2020

graminees mainAu cours du récent conseil presbytéral, si heureux de nous retrouver dans un beau climat d’échange et de respect, un exercice en petits groupes nous a été proposé. Il fallait faire deux listes, l’une des activités qui avaient été suspendues dans notre existence pendant le « confinement », et l’autre comportant les activités qui avaient été maintenues, ou qui étaient apparues. Dans le groupe auquel je participais, nous avons été unanimes à dire que nous ne voulions pas reprendre certains rythmes d’avant le « confinement ».

La réussite de cette bonne aspiration suppose, je pense, un nouveau rapport au temps, c’est-à-dire une désappropriation de soi dans son désir d’agir vite et sans les autres. D’où vient cet impérieux et joli besoin de nous poser dans un rythme de vie plus sobre et plus régulière ? Peut-être justement de la nécessité de revoir notre rapport avec le temps. Oui, le temps n’est pas contre nous, il est notre sage « complice » dans l’accomplissement de ce qui nous est demandé.

Encore faut-il que nous demeurions dans cette paix qui opère déjà en nous une transformation : nous n’agirons plus par violence, comme si tout dépendait de nous, et que sans nous, rien ne se ferait ! Outre qu’il y aurait là une bien ridicule prétention, cette hargneuse précipitation cacherait une violence, celle d’agir comme si nous étions seuls à agir, et que le reste du monde serait seulement là comme notre faire-valoir ! « Le violent ne sort pas de soi. » Ce sont les mots d’Emmanuel LEVINAS, dans son livre intitulé « Difficile liberté ». Et c’est vrai que « le violent prend, possède… et nie par conséquent l’existence indépendante ». Poser une action sans tenir compte des autres, ou recevoir une action sans en être les collaborateurs, c’est s’abstraire du champ de la charité. Car la charité est humble ; elle suscite la communion et la collaboration effective entre les humains.

+ Benoît RIVIERE