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Logiques techniques et responsabilité humaine

Editorial d'Eglise d'Autun N° 16 - 05 octobre 2018bioethique ADN

Un projet de loi va bientôt être soumis au vote des parlementaires. Il ne concernera pas seulement des questions dites « sociétales », à savoir par exemple l’extension de l’autorisation de l’AMP (Assistance Médicale à la Procréation) aux femmes seules et aux couples de femmes.

En effet, l’objet des débats qui ont eu lieu lors des états généraux de la bioéthique, et des débats parlementaires qui vont avoir lieu dans les semaines qui viennent, pour légiférer dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique, est très large. Il concerne les examens génétiques, les dons et les transplantations d’organes, le diagnostique prénatal et préimplantatoire, l’assistance médicale à la procréation, la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires, les neurosciences et l’imagerie médicale. Il concerne aussi l’évolution de la médecine et de la politique de soins (intelligence artificielle et données massives, écologie). Et enfin, les débats parlementaires concerneront peut-être la question de la fin de vie, largement débattue lors des récents états généraux.

Sur ce dernier point, le très long avis que vient de rendre le CCNE (Comité Consultatif National de l’Ethique) « propose de ne pas modifier la loi existante sur la fin de vie (loi Claeys-Leonetti) et insiste sur l’impérieuse nécessité que cette loi soit mieux connue, mieux appliquée et mieux respectée ». Et dans ce sens, il souhaite un nouveau plan de développement pour les soins palliatifs.

Avant même que le CCNE ne publie son avis, nous avons tenu à faire largement connaître aux « décideurs », mais aussi à tous ceux qui veulent poursuivre le dialogue dans la société française, notre réflexion sur l’homme et sur la dignité de sa venue au monde. C’est le sens de ce livre intitulé « Respectons la dignité de la procréation ». Il va au-delà du simple « non » à l’extension de l’AMP relevé dans les médias. Il entend s’émerveiller sur la belle capacité qu’ont les humains d’engendrer de nouvelles vies humaines, et sur les points d’attention à ne pas occulter, faute de bafouer la beauté de la procréation.

Je voudrais ici seulement souligner que l’impact de plus en grand des techniques liées à la procréation, joint au désir d’avoir un enfant, est en train de faire pression pour que nous basculions d’un usage de l’AMP pour pallier un problème d’infertilité, à un usage plus large satisfaisant le désir d’enfant chez toute femme, même si elle n’est pas infertile. Il est clair que cette possible extension de l’usage de l’AMP pose un grand nombre de questions qu’il nous a paru bon de soulever, en particulier en ce qui concerne la filiation, et la relation à un père.

Dans ce domaine de la procréation, le CCNE lui-même a précisé qu’une minorité significative, participante du travail, était légitimement fondée à exprimer son avis, d’autant plus que les débats généraux sur ce point avaient fait apparaître une très large méfiance de la population française à l’extension de l’AMP, devant le risque de déstabiliser encore un peu plus la situation des enfants.

Comment sera respecté l’intérêt premier de l’enfant ? Le même CCNE n’écrivait-il pas, dans un avis précédent (avis n°126) : « le rôle du père, en interaction et coopération avec celui de la mère, est essentiel dans la construction de la personne de l’enfant. Il paraît paradoxal d’institutionnaliser, d’organiser en toute connaissance de cause des naissances sans père. »

+ Benoît RIVIERE

Le Conseil Permanent adresse un message au peuple de Dieu

Editorial d'Eglise d'Autun N° 15 - 21 septembre 2018

LE CONSEIL PERMANENT ADRESSE UN MESSAGE AU PEUPLE DE DIEU QUI EST EN FRANCECEF

Dans la suite du message du pape François adressé à tous les catholiques le 20 août dernier, les évêques réunis pour le premier Conseil Permanent de rentrée ce 12 septembre adressent un message au peuple de Dieu qui est France.
Monseigneur Benoît Rivière, membre de ce Conseil, est l'un des dix évêques signataires.

Depuis plusieurs mois maintenant, notre Eglise est durement mise à l’épreuve.
Laïcs, clercs, consacrés, nous sommes profondément affectés par les révélations d’abus qui se font jour à travers le monde et dans notre pays. Face à la souffrance imprescriptible des victimes et de leurs proches, nous sommes tristes et honteux.

Notre pensée se tourne d’abord vers ceux à qui on a volé leur enfance, dont la vie a été marquée à tout jamais par des actes atroces.
Croyants et incroyants peuvent constater que les actes de quelques-uns rejaillissent sur toute l’Eglise, qu’il s’agisse d’actes criminels ou de silences coupables.

Tous, nous subissons ce soupçon qui porte sur l’ensemble de l’Eglise et des prêtres.
Dans ce désarroi partagé, nous affirmons à la fois que notre lutte contre tout abus doit se poursuivre sans relâche et que notre estime et notre affection pour les prêtres de notre Eglise restent entières. Nous, évêques, voulons redire notre soutien aux prêtres de nos diocèses et appeler tous les fidèles à leur manifester leur confiance.

Le pape François a adressé le 20 août dernier une lettre à tous les catholiques du monde. Il y engage à une « participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu » pour enrayer le fléau de la pédophilie. Nous faisant l’écho de cette parole, nous invitons toutes les communautés, tous les fidèles à lire attentivement cette lettre, à l’étudier avec sérieux, à voir comment la mettre en œuvre. Nous appelons chaque baptisé, quelle que soit sa responsabilité dans l’Eglise, à s’engager « dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin ». C’est par l’engagement et la vigilance de chacun que nous parviendrons à vaincre cette calamité des abus dans l’Eglise.

En France, l’Eglise s’est engagée avec une grande détermination dans cette lutte contre les abus et notamment contre la pédophilie. Avec humilité, nous reconnaissons que ce combat est toujours à intensifier, qu’il nécessite une attention sans faille et une conversion permanente des mentalités. La souffrance des personnes victimes d’abus s’impose aujourd’hui comme la première des conséquences à prendre en compte face à ce fléau. Nous affirmons avec force que l’écoute de l’histoire des victimes nous a profondément bouleversés et transformés. Nous sommes persuadés que leur écoute et le travail accompli avec elles nous aideront à mener ce combat contre la pédophilie et à trouver des voies toujours nouvelles de prévention, notamment par la formation des différents acteurs auprès des jeunes. C’est bien dans cet esprit que, lors de notre prochaine assemblée plénière à Lourdes, nous souhaitons accueillir et écouter des personnes victimes.

La crise que traverse l’Eglise catholique aujourd’hui, le profond désarroi dans lequel sont plongés beaucoup de fidèles et de clercs sont une invitation à travailler à la juste place de chacun. A la suite de l’appel du Pape maintes fois exprimé, nous invitons à travailler cette question de l’autorité partout où elle se pose dans l’Eglise. C’est ensemble – dans un souci de communion véritable – qu’il nous faut veiller à ce que tous exercent pleinement leur responsabilité.

Dans ces épreuves qui nous atteignent, nous évêques, avec force et humilité nous en appelons à la foi des uns et des autres. C’est le Christ qui est notre Roc. Il nous a promis qu’il ne nous ferait jamais défaut. Nous vous lançons cet appel : « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1P 3,16)


+ Benoît RIVIERE avec les évêques du Conseil Permanent

"Allez vous aussi travailler à ma vigne"

Editorial d'Eglise d'Autun N° 14 - 07 septembre 2018
vigne secateur

Que veut dire travailler dans la vigne du Seigneur ?
Où et en vue de quoi dépensons-nous nos forces ?
Quelle est l’orientation qui mobilise notre vie sur terre ?

En ces jours de reprise du travail ordinaire, je crois nécessaire de nous mettre résolument à l’écoute du Seigneur, qui nous veut avec lui dans son travail divin. Ce travail dans la vigne du Seigneur donne de n’être plus jamais seul ; combien sont nombreux, en effet, ces « saints et saintes de la classe moyenne », juste à côté de nous, et qui nous montrent le visage de la charité joyeuse et humble ! Ce travail donne de goûter la joie de la récompense qui vient de Dieu et non des hommes.

Ce travail fait grandir l’espace libre où le Saint Esprit agit. Il ne disperse pas, il ne fait pas de bruit, il ne méprise pas les autres, il juge au contraire que le plus petit et le plus pauvre sont à la première place dans le chantier. Il ne revendique rien pour soi seul qui ne soit en même temps un bien pour les autres.

La vigne du Seigneur n’est pas cantonnée dans des frontières visibles, elle est fructueuse partout où les hommes vivent, aiment, souffrent et prient. Nous sommes sarments de cette vigne.

Tu travailles dans la vigne du Seigneur dès que tu te laisses conduire par l’Esprit-Saint et non plus par tes passions égoïstes.
Tu travailles dans la vigne du Seigneur dès que tu vois un frère et un ami en tout homme puisque le Christ a livré sa propre vie pour chacun de nous.
Tu travailles dans la vigne du Seigneur quand tu préfères le silence à la médisance, quand tu as le courage d’une parole qui fait vivre et qui relève celui qui est tombé.
Tu travailles dans la vigne du Seigneur quand tu te reçois toi-même comme n’importe quel ouvrier à qui Dieu fait grâce.


+ Benoît RIVIERE

Servir, aimer, prier

Editorial d'Eglise d'Autun N° 13 - 06 juillet 2018main


Je vois continuellement d’admirables gestes de service accomplis sans publicité, je devine le poids de prière chez tant d’humbles frères et sœurs, je mesure la patience des heures d’écoute dans les lieux variés de la vie, je suis admiratif du travail persévérant de ceux et de celles qui préparent des repas et des liturgies ; bref, je suis témoin, et vous l’êtes aussi, j’imagine, d’un très bel amour des autres chez beaucoup.

Et en ce début d’été, je veux rendre hommage à tant de laïcs baptisés et de prêtres pour leur service, leur prière, et leur amour au sein de l’Eglise. Certains achèvent une mission particulière et en reçoivent une nouvelle. Il n’est jamais facile de quitter un endroit pour un autre. Nous accueillons ces temps-ci des prêtres venus rejoindre notre diocèse, ainsi que quelques nouveaux laïcs en mission ecclésiale. Qu’ils sachent combien nous voulons les accueillir du fond du cœur et travailler avec eux pour répandre la joie du Christ partout.

Je veux exprimer particulièrement ma profonde reconnaissance au père André GUIMET. Il achève cet été sa mission de vicaire général et devient curé de la paroisse Saint Etienne à Mâcon. Il a beaucoup soutenu ma charge d’évêque auprès de vous tous, et c’est lui qui a coordonné et animé la marche de notre synode diocésain. Le père Grégoire DROUOT débutera dans cette fonction de vicaire général à partir du 15 août. Il se trouve que nous serons en Terre Sainte, ensemble avec des étudiants, à cette date mariale si belle. Accueillez-le comme un frère voulant par-dessus tout communiquer la joie de l’amour du Christ, et qui continuera à donner du temps pour l’évangélisation des jeunes.

Vous savez peut-être qu’un évêque s’entoure d’une équipe de collaborateurs proches qu’on appelle un « conseil épiscopal ». Dès la rentrée de septembre, ce conseil, de 10 membres, se réunira deux fois par mois, dans une composition nouvelle. En effet, deux femmes mariées en feront partie, ainsi qu’un diacre permanent. Deux nouveaux vicaires épiscopaux arriveront. Un vicaire épiscopal, le père René AUCOURT, sera plus particulièrement chargé de la maison diocésaine.
Je tiens ici à dire ma profonde gratitude à ceux qui ont si fidèlement participé à ce conseil et qui achèvent cette mission.

Et je veux tourner mon regard vers les hommes, les femmes, les enfants, qui arrivent ces temps-ci pour habiter en Saône-et-Loire. Puissent nos communautés, nos équipes, nos mouvements, nos paroisses, être pour ces nouveaux habitants des signes efficaces de la bonté du Christ envers toute l’humanité. Nous les inviterons à une messe d’accueil le samedi 6 octobre à 17h30 à l’église de Saint Marcel.

D’ici là, bon été à vous ! Bon temps de ressourcement et d’amitié !

+ Benoît RIVIERE

L'amitié du Seigneur Jésus

amitieEditorial d'Eglise d'Autun N° 12 - 22 juin 2018


Ce fil d’or a relié cette année toutes les activités des fêtes du Sacré Cœur à Paray-le-Monial. Avec la foule des pèlerins, dans une atmosphère clémente, nous avons réfléchi à cette amitié la plus belle qui soit. De quelle amitié le Seigneur parle-t-il en disant à ses apôtres, et à nous aujourd’hui, qu’Il nous appelle ses amis ?

La véritable amitié entre des personnes, disait Saint Augustin, est cette « douce et affectueuse conformité de sentiments sur les choses divines et humaines. » Et Saint François de Sales précisera les différentes formes d’amitié, distinguant aussi les véritables amitiés de celles qui n’en sont pas. Cette qualité dépend des biens spirituels échangés entre les amis. Des abeilles butinant sur certaines fleurs donneront un miel de qualité médiocre, au lieu qu’elles donneront un miel excellent si elles butinent sur d’autres fleurs.

Entre des personnes libres, l’amitié est un choix qui est fondé sur la simple et profonde confiance réciproque, toujours bienveillante. Quand il s’agit de l’amitié du Seigneur Jésus envers nous, elle est pure initiative de sa part, elle est « vocation » : « je vous appelle amis ». Comment entrer dans cette amitié ? C’est de garder la parole donnée par le Seigneur Jésus. Cette garde amoureuse de la parole de l’ami commence bien sûr par l’attention aux mouvements de notre cœur profond. Dieu est l’ami du cœur humain, disait Saint François de Sales.

Le Seigneur Jésus, faisant de nous ses amis, en nous partageant absolument tout ce qu’il a reçu lui-même du Père, nous presse intérieurement de garder sa Parole. L’attention à cette Parole et à notre manière de parler et d’agir dans le monde participe de notre belle complicité avec le Saint-Esprit. Il s’agit de nous recevoir comme amis du Seigneur, écoutant sa Parole, et travaillant à la libération que cette Parole opère dans le monde.

Des amis s’écoutent au meilleur d’eux-mêmes, et ils se nourrissent en quelque sorte du pain de la parole de l’ami. Le monde a tellement besoin de cet espace où la parole est échangée, où chacun peut se situer en conscience.

+ Benoît RIVIERE

L’élan du service

Editorial d'Eglise d'Autun N° 11 - 8 juin 2018COURSE

Sortant de la gare du Nord à Paris, un jeune homme sportif voit un petit garçon suspendu dans le vide à un balcon au 4ème étage d’un immeuble. L’amour ne calcule pas. C’est un petit enfant en danger de mort. Sans plus attendre, voilà le jeune homme qui entreprend en vitesse l’escalade à mains nues de la paroi de l’immeuble, et réussit, en un rien de temps, à rejoindre l’enfant. Il l’empoigne pour le rétablir en sureté sur la terrasse.

Et le plus beau, c’est l’humilité de ce jeune homme. Des millions d’internautes l’admirent, et lui, simplement, dit : « je suis monté… Dieu merci je l’ai sauvé ! » Et il ajoute : « je n’ai pas pensé aux étages… je n’ai pas pensé au risque…je l’ai fait parce que c’est un enfant. » Le courage de cet étranger me fait penser au bon samaritain de l’évangile. Et il me fait penser à l’amour qui se risque pour les autres.

Il y a tous les jours sur notre chemin des petits qui sont en danger d’isolement et de mort, et nous pouvons, comme le jeune homme du XVIIIème arrondissement de Paris, voler à leur aide, avec nos capacités, et en nous risquant. Mais bien des choses en nous gênent l’amour, gênent l’élan du service, gênent le courage et l’oubli de soi.

Nous sommes bons, au fond de nous-mêmes, et les autres aussi. Et nous devons croire davantage à cette bonté foncière qui est en chaque homme. Nous devons croire que l’image de Dieu en nous et chez n’importe quel autre n’est pas détruite pour toujours. Nous devons nous laisser guider par le Saint-Esprit qui est amour, et nous n’aurons plus peur, ni du danger, ni des autres, ni de perdre notre vie. C’est en se donnant qu’on se trouve, c’est en aimant réellement qu’on commence enfin à trouver la vie véritable.


+ Benoît RIVIERE

Quelle terre veux-tu librement habiter ?

Editorial d'Eglise d'Autun N° 10 - 25 mai 2018


Si je devais retenir une chose de notre rencontre d’aujourd’hui au Carmel de la Paix, et de notre réflexion sur l’expérience de l’exil, ce serait la question suivante : au fond, quelle terre veux-tu librement habiter ?

Nos pères dans la Foi ont continuellement médité l’expérience du déplacement. Et l’exil est une expérience souvent douloureuse d’un déplacement d’une terre vers une autre, étrangère, surtout au départ. Comme l’a dit tout à l’heure Frère Aloïs, pour le peuple d’Abraham, l’exil est un creuset pour la foi, pour éprouver et aussi pour rendre plus forte la Foi au Dieu de l’Alliance. Pour le croyant, l’exil est comme un révélateur de la foi.

Ce déplacement peut s’éprouver de bien des façons ; je donne brièvement quelques uns de ces déplacements, que je suis moi-même invité à vivre :

- Déplacement de l’idolâtrie vers l’espace de la rencontre avec Dieu, le Dieu Unique, et avec les hommes ;
- Déplacement des manières de voir le monde et ma propre vie vers des manières autres qui interrogent ma propre fidélité ;
- Déplacements de lieux sécurisés vers des espaces où le risque de l’accueil et du dialogue devient porte de vie ;
- Déplacement, au fond, de cette vie présente vers la vie éternelle.

La Bible se réfère souvent à l’expérience de l’exil à Babylone, elle en fait mémoire pour faire réfléchir à nos attachements et à nos détachements.

Où sont nos raisons de demeurer en un lieu ?
Où sont les espaces de la vraie demeure, pour chaque peuple et chaque culture ?
Quelle terre, quel espace spirituel, es-tu en train de quitter ?
Quelle autre terre voudrais-tu vraiment habiter avec les autres, tous les autres sans exception ?
Mazille18
Cette question est une interrogation spirituelle et humaine adressée à tous : quel retournement intérieur, quelle conversion Dieu te donne t’il à vivre, où que tu te trouves actuellement ?
Et si tu dois retourner sur ta terre natale, est-elle seulement une terre géographique et culturelle ?
N’est-elle pas la demeure vers laquelle tu voudrais marcher ?
N’est-elle pas aussi la demeure de Dieu parmi les hommes, la demeure où les justes sont comblés de la joie de ce que nos frères juifs nomment la joie de la Torah, la joie de la Parole de Dieu ?

Oui, je retiens de cette belle rencontre à Mazille, la question suivante : quelle terre veux-tu librement habiter ? Au fond, et c’est une question similaire : veux-tu marcher vers le bonheur ?

+ Benoît Rivière
Evêque d’Autun

(Texte de l’intervention de Monseigneur Benoît Rivière, évêque d’Autun, lors de la 7e Rencontre interreligieuse de prières pour la paix sur le thème de l’exil à Mazille au Carmel de la Paix le dimanche 6 mai 2018).

« Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5,12)

Editorial d'Eglise d'Autun N° 9 - 11 mai 2018


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Cette expression, qui vient de la bouche même de Jésus, est le titre de la troisième exhortation apostolique que le pape vient de nous offrir. François veut nous entraîner vigoureusement et avec réalisme sur le chemin des béatitudes, c'est-à-dire de la sainteté. Rien à voir avec la fausse sainteté de qui « a le regard figé dans une prétendue extase » ! J’aime que le pape nous dise que la sanctification est un cheminement communautaire.

La joie et l’allégresse est promise dès aujourd’hui à ceux qui ne désertent pas le combat de la foi, et qui en même temps considèrent leurs propres faiblesses comme le lieu où agit la grâce. En ce temps de Pentecôte (et d’ailleurs tout le temps !), la lecture de cette exhortation du pape stimule à viser haut, c'est-à-dire à nous laisser sérieusement guider par l’Esprit-Saint dont la force se joint à nos limites et à nos fragilités.

Je me suis interrogé, au fil de la lecture, et je vous partage ces quelques questions : est-ce que je m’entraîne chaque jour à savoir arrêter la course fébrile de mes pensées et de mes activités, pour habiter l’espace personnel où s’établit le dialogue sincère avec Dieu ? Est-ce que je considère que la reconnaissance de nos limites humaines permet précisément à la grâce de Dieu d’agir davantage ? Les deux seules richesses qui ne s’évanouissent jamais, sont le Seigneur et le prochain. Pourquoi ai-je tendance à laisser ma vie être envahie par tant d’autres soucis et richesses qui ne touchent ni Dieu ni le prochain ? Et devant les multiples sollicitations (écrans, loisirs, vains bavardages, occupations prétendument indispensables…), est-ce que je demande le don du discernement, ainsi que le courage d’agir ? Est-ce que nous goûtons peu à peu davantage « la grâce qui apaise la vanité et rend possible la douceur » ? Faisons-nous silence sur les défauts des autres ? Préférons-nous être enseignés de tout le monde plutôt que de prétendre instruire à tout bout de champ le moindre humain qui bouge ? (Cf. Saint Jean de la Croix. Exhortation du pape n°117).

Voilà quelques brèves notes entendues à la lecture de cette exhortation du pape. Elles m’aident à oser avec réalisme prendre à nouveau la route des béatitudes, en écoutant l’Esprit-Saint créateur et donateur de joie et d’allégresse.


+ Benoît RIVIERE

"Dieu est jeune"

Editorial d’Eglise d’Autun N° 8 - 27 avril 2018DIEU EST JEUNE


Vous cherchez à lire quelque chose de bon et de nourrissant, quelque chose qui donne confiance en l’avenir, et qui réconcilie les jeunes et les anciens. Je vous conseillerais alors le livre que le pape vient d’écrire : Dieu est jeune Comment ce livre a-t-il été écrit ? A partir d’une conversation avec Thomas LEONCINI, appuyé sur cette conviction que les jeunes sont en quelque sorte « de la même étoffe que Dieu. »

En lisant, j’éprouvais trois sentiments réconfortants : d’abord celui d’être plongé dans un bain de sagesse. J’entends ici le mot sagesse au sens biblique, c'est-à-dire cette vie bonne que Dieu offre à l’homme s’il veut être heureux. Ensuite, c’était le sentiment de la paix, d’une paix tout près de moi, tout près de chaque journée, tout près de chaque pensée, à la simple condition de fuir le terrain de la cupidité, de la vaine gloire et de la sotte prétention à me croire meilleur que les autres.

Enfin, c’était le sentiment d’être ramené dans le réel du monde actuel pour y engager ma liberté, sans tristesse et sans découragement. Je veux dire que l’authenticité des paroles du pape, son acuité jamais surplombante, son immense empathie envers les autres, sont des choses qui aident à sortir du seul « jugement », pour entrer sur un chemin simple de dialogue et d’engagement.


+ Benoît RIVIERE