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Homélie de la Messe Chrismale - 11 avril 2017

« Le Seigneur m’a consacré et envoyé »

En ce moment de la vie de notre pays, nous pouvons nous interroger :
A quoi bon le progrès des techniques de communication, quand nous éprouvons douloureusement que nous ne parvenons pas à être au meilleur de nous-mêmes ? Reconnaissons-le : nous ne parvenons pas toujours à nous écouter avec bienveillance les uns les autres. L’histoire de notre pays a-t-elle un avenir ? Quelle sera la porte qui nous fera entrevoir un avenir, en tant que nation, dans le concert des nations du monde ? Dans le fond, nous sommes inquiets de bien des manières, et nous cherchons ce qui apportera à notre société un peu d’espérance et de bon levain, pour qu’elle ne se désagrège pas dans l’insignifiance, le cynisme et finalement la violence.

Notre pays n’a pas seulement besoin d’un peu d’huile dans son moteur, mais d’un ressaisissement plus profond. Les disciples du Christ ont une mission à remplir.
Mes frères, mes sœurs, comme le dit l’auteur de la lettre aux Hébreux : « rejetons ce qui nous alourdit, et le péché qui sait si bien nous entraver, et courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de la foi et qui la mène à sa perfection, Jésus... Oui, pensez à lui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition contre lui, afin de ne pas vous laisser accabler par le découragement» (He 12, 1-3).

Ne pas nous laisser aller au découragement, c’est bien d’actualité, tant nous souffrons des vents contraires et violents qui nous détournent de l’amitié avec Dieu.

Aussi est-il bon d’être ressaisis ce soir dans cette messe chrismale par l’esprit de Jésus, lui qui envoie dans le monde pour aider à la naissance, pour arracher aux tombeaux, pour soulager les cœurs et les corps meurtris, pour fortifier ceux qui chancellent, pour pardonner les péchés, pour faire goûter et connaître la vérité qui rend libre.

Comme pour le serviteur de Dieu annoncé par le prophète Isaïe, l’Eglise, une dans le cœur de Dieu, peut entendre elle-même : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé consoler tous ceux qui sont en deuil, mettre sur eux l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu » (Is 61, 1-3a). Et le verset qui suit exprime à merveille le caractère propre de ce peuple consacré : « vous serez appelés « prêtres du Seigneur ». On vous dira « servants de Dieu ».

Ce soir, nous éprouvons avec bonheur la force de cette consécration qui est inséparablement un nouvel envoi dans le monde. Il m’a consacré et envoyé, peut dire avec action de grâce le Christ à son Père, et nous pouvons le dire avec lui et en lui.

Au cours de cette célébration, nous prions pour toutes les personnes en train de renaître à la vie véritable en se préparant au baptême, nous prions pour les baptisés qui seront marqués de l’onction au jour de la confirmation et qui seront ainsi davantage plongés dans la joie du Christ, l’envoyé du Père dans le monde. Nous prions pour les malades et les personnes âgés qui ont tant besoin du réconfort de l’Eglise. Nous prions pour les séminaristes qui sont parmi nous et pour tous les séminaristes.

Devenir prêtre au service d’un peuple consacré à Dieu et envoyé par Dieu pour aimer, pour servir, pour donner gratuitement les dons reçus gratuitement, n’est-ce pas aujourd’hui un signe lumineux de la vérité que Dieu nous montre ? Tu n’es pas abandonné à la seule subjectivité mondaine, tu n’es pas destiné à la solitude mortifère, tu n’as pas pour vocation de juger continuellement les autres en les condamnant dans ta conscience, tu as reçu un esprit de fils adoptif de Dieu dans le Christ Jésus, et tu es créé et sauvé par grâce.

Dans un moment, ceux qui ont reçu l’imposition des mains et l’onction pour être les serviteurs du peuple saint, dans la fonction de prêtres, nos frères prêtres ici présents, vont se replonger dans le grand oui de leur ordination sacerdotale. Aussi est-il bon de nous replonger dans la foi, sans laquelle disparaît la raison divine de le servir. Le Concile Vatican II nous le redit avec vigueur : « Pris du milieu des hommes et établis en faveur des hommes, dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés, les prêtres vivent avec les autres hommes comme avec des frères. C’est ce qu’a fait le Seigneur Jésus : Fils de Dieu, homme envoyé aux hommes par le Père, il a demeuré parmi nous et il a voulu devenir en tout semblable à ses frères, à l’exception cependant du péché» (presbyterorum ordinis n°3). En parlant ainsi de la condition des prêtres dans le monde, les pères du Concile Vatican II ont voulu les soutenir efficacement dans leur service, et mieux s’intéresser à leur vie.

La concélébration de la messe chrismale, de manière visible et tangible, montre non seulement bien sûr l’union des prêtres entre eux et avec le peuple de Dieu, mais elle montre l’unité de leur consécration et de leur mission. Cette unité de leur consécration et de leur mission se trouve dans le Christ Jésus. La célébration de la messe chrismale donne à tout le peuple de Dieu de rendre grâce visiblement ensemble. Elle nous donne de rendre grâce, de nous offrir entièrement dans le don de nous-mêmes en réponse au don que le Seigneur Jésus a fait de lui-même jusqu’à la fin.

+ Benoît RIVIERE