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Editoriaux d'Eglise d'Autun

Editorial - Eglise d'Autun N° 11 - 9 juin 2017

VOTEREFLECHIR ET VOTER


Nous sommes à la veille des élections législatives qui déboucheront sur un nouveau parlement au service de la concorde et de la vie de notre pays. Je vous propose de réfléchir brièvement, entre autres, à deux questions.
La première : il va de soi que nous devrons exercer notre devoir de citoyens en participant à ce vote ; mais dans quel état d’esprit irons nous voter ?
Deuxièmement : qu’espérons-nous de l’exercice du pouvoir politique en France au cours des cinq prochaines années, et qu’espérons-nous au fond pour l’avenir de la France ?

« Dans quel état d’esprit irons-nous voter ? »

Le parlement, dans l’esprit de la cinquième République, n’a pas été conçu pour être un contre-pouvoir, mais l’espace du débat pour travailler à des lois justes. En ce sens, le débat parlementaire doit favoriser avec l’exécutif l’avancée du pays dans des domaines aussi importants que ceux de l’éducation, de la défense nationale, de la santé, de la solidarité, de la défense des petits, celui du dynamisme économique et, j’ajoute, la création artistique et bien d’autres domaines encore. En ce sens, notre état d’esprit en allant voter ne peut pas être celui de gens grincheux, toujours en train de se plaindre, mais un état d’esprit confiant, désireux de voir jouer au mieux les différents niveaux de la vie publique, en concertation et en débat constructif. Et peut-être pouvons-nous demander et espérer de nos futurs députés qu’ils soient eux-mêmes dans un état d’esprit ouvert à chercher les meilleurs consensus, et votons en conséquence.

« Qu’espérons-nous pour notre pays ? »

Cette question rejoint celle de notre attachement à la vie en société. Elle rejoint une question de confiance les uns envers les autres. Est-ce que nous pouvons regarder avec espoir et confiance les années qui viennent, en étant engagés humblement à notre place pour mener avec d’autres des actions qui feront du mieux aux autres. Nos institutions sont bonnes certes, et nous devons nous en réjouir. Pourtant, il ne va pas de soi d’accepter des mandats au service des autres. Il me semble qu’il faut toujours honorer ceux et celles qui, à tous les niveaux de la société, s’engagent et s’engageront pour plus qu’eux-mêmes, et pour plus que leurs intérêts de groupe. On dit parfois que « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Je trouve que c’est un peu court ! Je pense plutôt que charité bien ordonnée commence par la sollicitude et la bienveillance envers autrui. On ne réfléchit jamais avec justice lorsqu’on ne se situe pas dans une relation bienveillante avec les autres et dans l’humilité.


+ Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 10 - 24 mai 2017


LA FOI QUI PURIFIE ET ECLAIREchemin

«Où vas-tu ? »
Cette simple question s’adresse à chacun de nous, et aussi à notre pays, à l’Eglise...
Vers où allons-nous ? Vers où dirigeons-nous la barque de notre existence ? Et quelle lumière vive éclaire notre route en ce monde ? Marchons-nous à l’aveuglette, au jour le jour et sans perspective, ou bien avançons-nous dans la paix et la persévérance, sûrs de l’amour indéfectible de Dieu envers les hommes ? Cherchons-nous une vraie place avec le Christ ? Nous la trouverons en nous mettant toujours en situation de pèlerins et de pauvres en route.

La foi nous indique qu’il n’est pas de route de salut sans les autres. Elle nous lie les uns aux autres dans le beau mystère de l’Eglise ouverte, pèlerine et servante de l’humanité. C’est bien pour cela que nous avons voulu ouvrir l’aventure joyeuse du synode diocésain commencé le 4 octobre 2015.

Etre en synode, c’est chercher ensemble ce qui vient de l’Esprit-Saint et qui nous met sur la bonne route. Les diocésains qui se sont réunis en petites équipes synodales jusqu’à maintenant ont fait cette belle expérience d’échanges fraternels et de soutiens mutuels. Leurs réflexions ont été recueillies par le secrétariat du synode ; l’assemblée synodale s’est déjà réunie plusieurs fois pour écouter ces réflexions.

Actuellement, les membres de l’assemblée synodale se réunissent actuellement en « forum » que nous avons appelé «coups de cœur », au nombre de 10 : la rencontre entre les cultures différentes, le soutien et l’accompagnement des vocations, l’exercice de la responsabilité entre prêtres et laïcs, la solidarité, la place de la femme dans l’Eglise, l’enseignement catholique et la catéchèse, la liturgie, les jeunes, la charge curiale et l’animation des paroisses et enfin les mobilités humaines.

Leur travail dans ces forums s’achèvera bientôt. Il restera à préparer les deux jours d’assemblée synodale des 9 et 10 septembre à Paray-le-Monial, et d’inviter largement l’ensemble du diocèse avec les amis le dimanche 26 novembre après-midi à Taizé pour célébrer les conclusions du synode.

Je compte vraiment sur la joie baptismale qui anime l’Eglise pour que nous goûtions les fruits de conversion qu’un synode accueille, et que nous soyons véritablement ouverts aux inspirations de l’Esprit pour aujourd’hui et pour demain.

Bonne fête de Pentecôte !

+ Benoît RIVIERE

 


Editorial - Eglise d'Autun N° 9 - 12 mai 2017chemin soleil

LES CHEMINS DE LA VIE

Un psaume revient à la mémoire de Pierre lorsqu’il s’adresse à la foule des pèlerins et des habitants de Jérusalem le jour de la Pentecôte. C’est le psaume 15. Pierre ne peut parler de Jésus que dans la lumière de l’Esprit-Saint qui inspire de bout en bout l’Ecriture Sainte. Et le psaume qui éclaire la catéchèse de Pierre ce jour de Pentecôte contient le verset, qui a été prié par Jésus lui-même, et que nous prions dans son esprit aujourd’hui : « tu m’a appris les chemins de la vie. » C’est avec Jésus et en Jésus que nous comprenons jusqu’où va cette expérience de l’apprentissage de la vie avec Dieu.

Nous connaissons trop bien hélas les chemins de la mort, et nous ne pouvons pas de nous même sortir de la mort. Il y faut cette humble venue de Dieu dans nos histoires humaines blessées et tentées par la tristesse. Les deux disciples d’Emmaüs qui s’éloignaient de la communion de la foi en quittant Jérusalem tout tristes, c’est nous, bien souvent, quand nous bornons notre horizon à ce que nous comprenons et voyons avec nos sens humains : « nous espérons... » Mais cette espérance-là elle-même doit éclater, pour s’ouvrir à une rencontre dont Dieu seul a l’initiative, dans le temps et dans l’espace.

Nous pouvons admirer avec quelle humble délicatesse le Seigneur s’est fait proche de nous, sur nos routes à l’envers de la vie véritable. Nous pouvons admirer avec quelle divine façon de se faire en tout semblable à nous, le Seigneur a inscrit dans nos conversations l’ouverture au sens profond des Ecritures : de bout en bout, tout nous parle de Lui, le Christ, vraiment descendu jusque dans nos chemins de mort et jusqu’à la mort même, pour nous inonder du feu de la miséricorde et de la vérité de la vie.

Oui, nous pouvons témoigner de ce qui advient en nous quand Jésus se fait le compagnon de la route et de la table. « Tu m’a fait connaître le chemin de la vie ! Devant ta face, débordement de joie : » Alors vient au cœur un nouveau regard, une nouvelle volonté, un élan que l’on ne croyait plus possible... et c’est le retour d’allégresse vers les frères dans la communion de la foi, dans la Cité de la Paix, Jérusalem. C’est le retournement « eucharistique ». C’est la conversion pascale. C’est notre Pâque, celle que Jésus vient vivre en chacun de nous.

+ Benoît RIVIERE

 


Editorial - Eglise d'Autun N° 5 - 10 mars 2017

CELEBRATIONSE PREPARER AU MARIAGE, UNE JOIE POUR TOUTE L’EGLISE !

Le service de la Pastorale familiale publie un petit guide à l’usage des équipes de préparation au mariage. Ce document se situe dans la ligne de l’exhortation apostolique du pape François sur la joie de l’amour.

Il est un lieu où la joie se communique, lorsque des personnes sont en train de regarder devant elles pour s’aimer toujours. Ceux qui reçoivent et écoutent, ceux qui conseillent et accompagnent, ceux qui communiquent le trésor de la foi chrétienne, ceux-là savent que les rencontres avec les fiancés et les couples qui se préparent à la célébration du mariage sont un lieu où la joie se communique. Et la joie grandit en se communiquant.

Le pape François nous a livré récemment un lumineux témoignage de la confiance chrétienne dans l’amour humain et dans le chemin de la vie familiale. Il nous livre une espérance toujours nouvelle à faire voir et à servir, celle qui est contenue en vérité et en promesse dans l’évangile : le Christ nous a aimé et s’est livré pour nous ! Il ouvre toujours à ceux qui l’écoutent et se prêtent à marcher avec lui, une joie que personne ne pourra jamais leur ravir ! Il est, lui le Christ, le secret du bel amour auquel tout homme et toute femme aspire du plus profond de son être.

Je remercie le service de la Pastorale familiale d’encourager les équipes de préparation au mariage, et je souhaite que ce guide qui est publié ces jours-ci soit utile à ceux et celles qui donneront généreusement de leur temps pour aider le cheminement des fiancés et des jeunes foyers.

+ Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 4 - 24 février 2017


ETUDIANTS IRAK2SOUTIEN AUX ETUDIANTS D’IRAK ET SOUTIEN MUTUEL DANS LA PRIERE


Il est toujours très beau de voir l’espérance et la charité mises en lumière dans l’humble travail des éducateurs et des enseignants. Faire vivre une école, un patronage, une aumônerie, une université... c’est croire dans la valeur infinie d’un seul être humain, et c’est aimer ceux et celles qui commencent leur existence, ou qui sont à l’aube de l’âge adulte.

Je demande aux diocésains de Saône et Loire, en ce temps de Carême, de prendre en considération tout particulièrement la nécessité de venir en aide, par la prière et par l’offrande matérielle, aux étudiants en Irak. Avec mes frères évêques de France, nous pensons important de permettre aux étudiants irakiens provenant de la région de Mossoul et qui sont réfugiés à Kirkouk pour leurs études, de poursuivre leur formation universitaire grâce à notre aide. En 2015-2016, plus de 400 jeunes ont pu le faire grâce à 1.140.000 euros récoltés.

L’évêque de Kirkouk avec qui nous sommes en relation, Mgr Youssif Thomas Mirkis, a mis en œuvre un programme pour loger, nourrir, soigner et équiper les étudiants de Kirkouk, afin de permettre un avenir à ce pays tant éprouvé. Il dit lui-même « qu’aider les futurs cadres à poursuivre leurs études en Irak est essentiel pour reconstruire le pays ». L’appel que nous lançons a donc pour but de fournir cette année, le logement, la nourriture et la connexion internet à une promotion de 668 étudiants pour un budget total de 2.000.000 euros.

Concrètement, chacun peut faire un don en ligne en cochant la case : « L’Eglise de France soutient les étudiants en Irak », ou encore envoyer un don à l’ordre de « Œuvre d’Orient – Etudiant Irak », à l’Œuvre d’Orient, 20 rue du Regard – 75006 PARIS.

Je pense encore à l’invitation qui nous est faite en ce début de Carême à nous convertir, à reconnaître avec gratitude toute personne humaine, depuis sa conception jusqu’au terme de sa vie ; je pense à l’aide que nous pouvons apporter réellement à certaines personnes, et à cette aide spirituelle si simple et belle qui consiste à nous réunir à quelques-uns autour de la table de la Parole de Dieu méditée et partagée. Quel rapport avec le soutien concret aux étudiants d’Irak ? Sans un retournement intérieur et communautaire vers l’évangile, tôt ou tard, c’est la charité fraternelle qui s’éteindra. Sans le temps de la prière personnelle et communautaire à l’écoute de l’évangile, c’est le découragement, le cynisme et la haine qui vaincront. Il y a pour nous un rapport très lumineux entre la conversion à Dieu et aux plus humbles. Il y a pour nous un rapport très lumineux entre la charité fraternelle qui écoute l’évangile à plusieurs, et le don concret de notre argent et de notre temps pour des plus démunis.

Portons-nous mutuellement dans le diocèse à vivre dans ce Carême comme un nouveau commencement !

+ Benoît RIVIERE

 


Editorial - Eglise d'Autun N° 3 - 10 février 2017

UN JOUR NOUVEAU SE LEVE

En écrivant ce matin pour les lecteurs d’Eglise d’Autun, j’ai devant les yeux du cœur trois images. La première image provient de la lecture que je suis en train de faire du livre d’entretien de Benoît XVI avec le journaliste Peter Seewald, la seconde concerne l’impression si douce des vignes et des maisons de Mercurey avec les foules heureuses qui marchaient pendant la grande Saint Vincent ; et la troisième image est celle du visage de frères prêtres âgés fidèles à la prière et à l’étude.

Quelle chose simple et belle que ce pape émérite, âgé, qui prépare chaque semaine l’homélie du dimanche qu’il donnera pour quatre ou cinq personnes dans la chapelle de la maison où il est actuellement retiré pour vivre la dernière étape de son pèlerinage sur cette terre ! Le journaliste est surpris devant ce travail de rédaction, appuyé sur une réflexion sérieuse du sens du texte biblique, pour un si petit nombre de personnes. Et Benoît XVI lui dit : « qu’ils soient trois, vingt ou mille, il faut que la Parole de Dieu soit toujours présente pour les hommes. »
vigne
Les villages et les vignes décorés si soigneusement pour que soient heureux les invités à la fête, c’est pour le bourguignon néophyte que je suis, quelque chose de saisissant. L’image des foules heureuses et bienveillantes pérégrinant dans ces lieux habillés d’un air printanier avant l’heure, c’est un appel intérieur à aimer le ciel que Dieu prépare pour toute l’humanité, sans excepter personne. La Sagesse de Dieu prépare, nous dit l’Ecriture Sainte, un banquet de noces pour ceux qui n’ont pas de quoi payer : venez, leur dit-elle, la table est prête pour vous ! Nous sommes bien plus proches les uns des autres que nous ne l’imaginons. Il existe entre les hommes bien plus de solidarité qu’on ne le dit, et la fête est cet espace qui ouvre la fenêtre des cœurs sur cette fondamentale communion entre tous.

Je vois avec bonheur quelques frères prêtres âgés, et en qui je devine la source toujours vive de l’appel à être prêtre et à servir l’évangile pour chacun. Comme ces visages sont beaux ! Et je relisais à ce propos ce que le pape Benoît XVI avait dit à des personnes âgées visitées par lui en 2012 : « la prière des personnes âgées peut protéger le monde, en l’aidant peut-être de manière plus incisive que l’agitation de nombreuses personnes. »
Amis d’Eglise d’Autun, vous êtes sûrement quelques-uns à vous reconnaître dans cette vocation du grand âge : vocation à préparer pour le monde et pour soi-même la rencontre la plus belle qui soit, celle du visage de Dieu. Vous êtes, chacun et chacune de vous, essentiels à la marche de l’Eglise actuellement dans le monde. Vous portez par votre fidélité et votre joie, bien plus que vous ne pensez : le bien de l’Eglise et la paix du monde.

+ Benoît RIVIERE



Editorial - Eglise d'Autun N° 2 - 27 janvier 2017

L’ACCUEIL DES CONVERTIS.

croix maison dioUn colloque vient de se tenir à l’université catholique de Lyon les 16 et 17 janvier sur l’accueil des convertis au christianisme en Europe. Plutôt qu’un résumé difficile à faire, je voudrais évoquer brièvement avec les lecteurs d’Eglise d’Autun le point de vue de saint Augustin, toujours d’actualité, ainsi que l’étrangeté heureuse de la foi chrétienne dont les convertis sont en quelque sorte des « signes ».

Dans son « de catechizandis rudibus », qui est un traité pour des catéchistes, l’évêque d’Hippone essaie de donner l’essentiel de ce qu’il est important de faire quand on se trouve en situation d’accueillir des « convertis » dans l’Eglise. « La sympathie de l’auditeur, écrit saint Augustin, « dépend de la sympathie qu’il trouve en nous....Que l’amour soit donc le principe auquel se rattache tous tes discours ; dans toutes tes instructions, fais en sorte que l’auditeur croie ce qu’il écoute, espère ce qu’il croit, et aime ce qu’il espère. » La sympathie fraternelle n’est pas simplement une condition humaine nécessaire à la rencontre avec des convertis, c’est le principe d’interprétation et le terme lumineux de toute l’Ecriture Sainte. Toute interprétation de l’Ecriture qui ne partirait pas de la charité et ne conduirait pas à la charité serait illusoire.

Et l’Eglise est vraiment pour Augustin le lieu par excellence de la charité qui actualise l’incarnation du Christ. Dans le bain de la charité fraternelle, Dieu fait naître à la joie de disciple. Et ce que le catéchiste baigné lui-même dans la joie du Christ peut « transmettre », n’est jamais que ce qu’il entend être déjà prononcé dans le cœur même des catéchumènes.

La foi chrétienne serait-elle devenue aujourd’hui tellement « étrange » qu’elle ne trouverait plus d’écho dans la réalité du monde actuel ? Non, mais si j’ose dire, la foi est toujours « étrange », aujourd’hui comme hier. Ce qui a changé, certainement, entre hier et aujourd’hui, c’est la représentation que l’homme se fait de lui-même. L’homme moderne se pense beaucoup (trop !) en terme de matière vivante avec ses processus de développement et de mort, ou en terme de projet à atteindre pour être « bon » et « performant ». Les convertis nous arrivent d’on ne sait où, pauvres souvent, comme des passerelles entre deux mondes. Ils nous disent inséparablement leur « distance » avec un monde sécularisé, et leur immense liberté personnelle les conduisant à demander de devenir ce qui paraît bien étrange : un témoin du Dieu vivant et vrai manifesté dans le Christ Jésus.

+ Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 1 - 13 janvier 2017EVEQUE5

VOUS AVEZ DIT « SACERDOTAL » ?

Le mot « sacerdoce » renvoie dans le langage courant à l’état de quelqu’un qui est entièrement voué à une cause. On dira ainsi de l’exercice de la médecine chez certains médecins qu’il est pour eux un véritable « sacerdoce ».

Dans le langage de l’Eglise, ce mot nous fait bien sûr penser à Jésus, à son « sacerdoce » à lui, qui nous met en relation paisible et réconciliée avec Dieu lui-même. Le sacerdoce de Jésus est de nous unir à Dieu.

J’ai trouvé ces jours-ci, dans les beaux bouquets de vœux reçus à l’évêché, celui-ci, provenant d’une communauté religieuse très liée au diocèse, la communauté des sœurs auxiliaires du sacerdoce : « Remise au Père avec confiance et livrée sans défense aux frères, passionnée par la vie du monde, appelée à devenir un bon pain sur la table de ce monde, la vie de chaque baptisé est sacerdotale. » C’est non seulement très beau, mais c’est aussi parlant et compréhensible. Chaque baptisé, dans l’unité vitale qui l’unit au seul prêtre Jésus-Christ, est plongé dans une existence dont la vocation est d’être une existence sacerdotale, tournée inconditionnellement vers Dieu et les frères. Merci mes chères sœurs de nous donner à entendre la profondeur et la simplicité de notre vocation baptismale, commune dans l’Eglise, et que le « ministère » sacerdotal veut seulement nourrir, servir et fortifier !

En ce début d’année, nous pouvons prier pour tous les baptisés, et pour ceux qui se préparent à servir un jour comme diacres et prêtres. Nous prions ensemble pour que le monde croie en Dieu et en Celui qu’Il a envoyé, Jésus-Christ.

+ Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 21 - 23 décembre 2016

QUE SERAIT UNE BONNE ANNEE ?

Celle où la paix viendrait enfin au Moyen Orient ? Celle où serait élu un président de la République entraînant la France dans un bon chemin ? Celle où le synode diocésain d’Autun donnerait du courage et de la joie à beaucoup ? Celle qui verrait baisser le niveau du chômage et augmenter les revenus des plus pauvres ? Celle qui verrait grandir l’espérance dans les cœurs ?

Chacun peut poursuivre la série des attentes et des désirs. Une petite voix me souffle à l’intérieur qu’une bonne année serait celle où mes frères et mes sœurs en humanité, tous sans exception, entreraient durablement dans la joie de Dieu. Pas seulement la joie du bien-être, pas seulement la joie d’une bonne conscience, mais encore et surtout celle de Jésus lui-même.

Et quelle est cette joie ? « Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur ! » Telle est l’espérance, telle est la joie de Jésus ! Il y a quelque chose que l’homme ne pourra jamais se donner à lui-même, même donner à ses semblables, et que Dieu donne à ceux qui s’ouvrent à sa grâce, c’est de se tenir en sa présence dans l’amour. C’est de connaître la joie de la présence, c’est de demeurer dans l’amour... jusqu’au creux de la nuit et des épreuves. C’est d’être éclairé par la lumière qui brille sur la face du Christ, et sur la face du plus petit d’entre les hommes, la face des plus pauvres en qui nous le trouvons, lui le Seigneur, sans aucun doute.

C’est cela que je souhaite de tout cœur aux amis d’Eglise d’Autun qui ouvrent cette petite revue en ce temps de Noël. Elle est le signe humble et vrai de la marche du diocèse sur cette terre, elle est aussi un lien régulier de la fraternité heureuse qui nous unit. Oui, bonne année, matin après matin, soir après soir, à chacun et chacune de vous, dans le réconfort de la foi. « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous l’avons cru ! »

+Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 20 - 9 décembre 2016

BIENFAISANTE ATTENTE DE LA VENUE DU SEIGNEUR

« C’est le moment ! » Ainsi parle l’apôtre Paul à un endroit de sa lettre aux Romains (13,11).
A vrai dire, c’est toujours le moment de mener notre vie dans le calme, c’est toujours le moment de l’obéissance joyeuse aux indications de l’Esprit de Dieu. C’est toujours le moment de prendre « les armes de la lumière », et de nous conduire honnêtement.
LUMIEREAvec les collégiens et les lycéens de notre diocèse qui se préparent au baptême et à l’eucharistie, et avec leurs parents, le 1er dimanche de l’Avent après-midi, j’ai été heureux de franchir l’entrée en Avent. Oui, c’est le moment ! C’est le moment de se laisser surprendre par la force de la Foi, c’est le moment de marcher au rythme de l’Esprit-Saint, c’est le moment de quitter des vieilles habitudes ! C’est le moment de nous faire confiance les uns et les autres, c’est le moment de prier, de converser fraternellement, de travailler soigneusement et de méditer la vie du Christ !

Le matin de ce même jour, avec les chrétiens de Palinges, j’ai goutté la joie de l’Eglise avec les familles et les enfants de la catéchèse, et avec une jeune néophyte adulte recevant la confirmation et l’eucharistie. Nous nous étions retrouvés une demi-heure avant la célébration, pendant que la chorale de Vitry répétait les chants avec enthousiasme. Le curé de la paroisse avait préparé un petit support pour favoriser un échange avec les parents des enfants. C’était simple et encourageant. C’est tellement plus simple en effet d’être vecteurs de joie plutôt que de découragement ! La foi n’est-elle pas le fait des âmes d’enfants ? C’est courageux mais tellement plus simple d’aimer chaque jour et de pardonner.

La grâce de Dieu en ce temps n’est-elle pas grâce de dialogue, de salut et de joie qui demeure ? Elle éclaire et elle réchauffe, elle purifie et mène au chemin de la vie.

+ Benoît RIVIERE



Editorial - Eglise d'Autun N° 19 - 25 novembre 2016

"Le regard, le coeur et la vie des catéchistes"

Homélie de Mgr Rivière sur l'évangile de Luc 9,46-50 pour le Jubilé des Catéchistes : lire ici

 


Editorial - Eglise d'Autun N° 18 - 10 novembre 2016

L’assemblée des évêques à Lourdes

EVEQUES LOURDES 2016

Les évêques français se sont réunis pendant 6 jours à Lourdes. Ils ont accueilli, comme de coutume, quelques évêques d’autres pays en signe de la communion universelle de l’Eglise. Cette réunion de l’assemblée des évêques en France a lieu deux fois par an. Elle est surtout une manifestation discrète, mais bien réelle de notre bonheur d’être chrétien et de notre bonheur de communier à la responsabilité confiée par le Christ aux apôtres : porter la joie de l’Evangile dans le monde entier. Cette présence chrétienne dans la société française actuelle ainsi que l’exercice de notre responsabilité d’évêques dans la marche de l’Eglise, voilà ce qui nous réunit et nous stimule au cours de ces journées à Lourdes.

Nous nous rendons à Lourdes avec en mémoire tant de visages si divers, tant de beaux dialogues dont nous avons été témoins... Et aussi avec les interrogations que tout un chacun connaît : Est-ce que notre pays va se retrouver au meilleur de lui-même au cours

des futures campagnes électorales, et au lendemain des élections présidentielles et législatives de 2017 ? Quels jeunes rencontrons-nous et entendons-nous qui veulent généreusement suivre l’appel de Dieu dans leur vie ? Quels sont les évolutions récentes dans les conditions de vie sociale en monde rural, et quels sont les vrais besoins de l’Evangile pour ceux et celles qui vivent dans les régions rurales ? La même question se pose aussi en ce qui concerne le monde populaire urbain. Quels effets bénéfiques observons-nous dans la diffusion de la lettre du pape sur la joie de l’amour ?

Nous avons écouté en particulier deux invités : Monsieur Philippe PORTIER qui est intervenu sur le thème de la religion et de la politique en France aujourd’hui, le Cardinal TAURAN quant à lui nous a partagé son regard sur l’Islam actuel. Nous avons prié et porté dans un acte de jeûne la souffrance des victimes des actes de pédophilie. Nous avons poursuivi le travail de prévention et de lutte contre la pédophilie.

Voilà les sujets principaux que nous avons abordés pendant cette Assemblée Plénière des évêques à Lourdes. Nous avons été chacun et tous ensemble réconfortés par la force de la prière et les actions de tant et tant d’hommes et de femmes de bonne volonté dans notre pays et dans le monde. J’ai eu la joie, dès mon retour le jeudi 10 novembre, à la maison diocésaine de partager et de débattre avec des prêtres, des diacres et des laïcs en mission ecclésiales sur cette toute récente assemblée plénière.

+ Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 17 - 21octobre 2016

BANNIERE POUR SITE

Qui pourrait dire que les français sont unis entre eux dans un grand amour du politique ? Le Conseil permanent des évêques de France vient de publier une petite étude à destination d’un large public. Il pense que notre pays aspire à se retrouver sur le bon terrain du politique, au sens profond du terme.
Si notre pays est effectivement atteint par des déceptions, des lassitudes, des frustrations et des peurs, il n’en attend pas moins de pouvoir s’appuyer à nouveau sur un socle commun. Si la politique est parfois si décevante, c’est peut-être que nous manquons de repères, y compris d’ordre spirituel, pour tisser les liens d’un juste vivre ensemble en France.
C’est pour aider à réfléchir et à débattre que nous avions indiqué, en juin dernier, ce qui nous paraissait être les enjeux des élections à venir en France. Ces quelques réflexions du début de l’été sont reprises et développées plus largement dans cet opuscule qui est publié ces jours-ci et qui s’intitule : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ».
La situation dans laquelle nous nous trouvons appelle que l’on puisse mieux se parler en France, que l’on se retrouve sur une certaine estime les uns des autres et, disons-le, une certaine espérance sans lesquelles nous nous perdons dans l’amertume et les déceptions, voire le cynisme. Les propos que nous engageons dans cette réflexion veulent permettre que l’on se parle à un certain niveau d’estime et de confiance, ils veulent permettre tout simplement que nous réfléchissions tous à la société que nous voulons.
La foi n’est évidemment pas étrangère à ce désir de dialogue et de construction commune que nous percevons plus que jamais actuellement. « Reprenons le temps de la parole et de l’écoute pour éviter que le dernier mot ne reste à la violence ». C’est le sens du politique en général qui est en jeu ici.

+ Benoît Rivière


Editorial - Eglise d'Autun N° 16 - 07 octobre 2016

migrants

POURSUIVRE L’EFFORT D’HEBERGEMENT ET D’ACCOMPAGNEMENT DES MIGRANTS

Chacun sait combien il y a de générosité latente, qui n’attend qu’un terrain un peu balisé pour se déployer. Il est évident que l’Eglise, à sa place bien singulière, est engagée dans l’accueil des migrants actuellement, en partenariat avec des organisations de la société civile (dans lesquelles d’ailleurs bien souvent des chrétiens sont actifs).

Que se passe-t-il aujourd’hui dans notre diocèse ? Il y a une réelle mobilisation ; des initiatives concrètes se sont faites, localement dans les paroisses, ou bien à certains endroits en doyenné. Outre évidemment l’engagement de chrétiens dans des organismes professionnels et humanitaires variés, se sont constitués des groupes pour héberger et accompagner des familles démunies.

Dans une proportion très faible par rapport à ce qui était imaginé et prévu par l’Etat, des réfugiés ont trouvé dans notre pays un lieu pour se poser et se refaire un peu ; mais ce qu’il a fallu faire surtout, c’est de poursuivre et amplifier les efforts en direction des personnes déjà chez nous et demandeuses d’intégration.

Je pense particulièrement à des familles déboutées du droit d’asile, et qui sont « sorties » des dispositifs liés aux CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile). Pour elles, les lieux habituels d’hébergement d’urgence, contactés à partir du fameux « 115 », ne répondent pas à leurs besoins dans l’immense majorité des cas. Dès lors, pour ces familles, un réseau de parrainage se crée, ou doit se créer, et, en relation avec des associations humanitaires (par exemple : Les amis du CADA, l’association Saint Joseph, l’association Saint Matthieu, l’ASTI - Association de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s, la commission Accueil et Insertion, l’association Réfugiésbresse), il est impératif de trouver des logements dans un environnement qui permettra la scolarisation et la socialisation. C’est ce que des paroisses et des communautés religieuses ont fort bien fait !

Il faut à présent, à l’exemple de ce qui se fait déjà, développer dans d’autres paroisses la mise en place de tels dispositifs d’accueil et d’accompagnement. Pour cela, Jackie PLESSE est à la disposition des paroisses et des communautés voulant s’engager dans ce sens (06.65.69.35.68)

Si nous prenons un peu de recul pour voir ce qui se joue dans ces initiatives locales d’hébergement et d’accompagnement, nous constatons que cela développe des liens féconds entre migrants et autochtones, et aussi entre des associations qui s’unissent au service de la cause des migrants.
Le pape, il y a juste un an, a eu bien raison d’appeler à des initiatives paroissiales ou venant des communautés religieuses, en ce sens qu’elles permettaient des expériences bien concrètes, à taille humaine.

Il faut vraiment faire en sorte que ce qui est né dans plusieurs endroits du diocèse, amène d’autres paroisses et communautés à préparer à leur tour des lieux et des équipes pour cet accueil. Je pense sincèrement que nous en sommes encore aujourd’hui aux débuts de ce qui va être la nécessité de demain : cultiver toujours ces relations de confiance qui permettent l’accueil des migrants dans de bonnes conditions. En eux, c’est sûr, le Christ nous fait signe humblement, et c’est une vraie chance !

+ Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 15 - 23 septembre 2016elisabeth trinite rome

ELISABETH DE LA TRINITE, APOTRE DE L’INTERIORITE


Quelques semaines après la canonisation de Mère Teresa, c’est une jeune carmélite de Dijon qui sera elle aussi portée par l’Eglise comme sainte. Elisabeth aurait voulu prendre le nom religieux d’Elisabeth de Jésus, mais on lui demanda d’accepter celui d’Elisabeth de la Trinité. Elle est née près de Bourges, le 18 juillet 1880, dans un milieu militaire ; elle entre au Carmel de Dijon à l’âge de 21 ans et meure 5 ans plus tard, le 9 novembre 1906. Il s’en est fallu de peu qu’elle soit envoyée, encore postulante, pour être dans le groupe fondateur du Carmel de Paray-le-Monial.

Dans l’avant propos des œuvres complètes d’Elisabeth de la Trinité, j’ai lu ce propos qui résume bien ce qu’elle nous montre : « elle nous montre à quelle heureuse plénitude conduit la foi en l’Amour qui habite au tréfonds de notre être, partout où nous sommes, qui que nous soyons ou ayons été. » En cette période agitée de notre société française qui doute d’elle-même et qui est au seuil de basculer dans la peur irrationnelle, cette jeune carmélite toute proche nous prend tranquillement la main en nous disant : faites un peu davantage le silence en vous-mêmes, ne passez pas à côté de l’essentiel qui est habitation de Dieu au fond de votre être. Et plus nous serons présents à cette présence, plus nous deviendrons fraternels pour de bon avec les autres. Le Cardinal Décourtray, ancien archevêque de Dijon, disait qu’elle était « l’apôtre du recueillement ». Et il ajoutait : « ce recueillement rend présent, jusque dans le détail de l’existence, à ceux avec qui nous entrons en correspondance. »

A quelques jours de sa naissance au ciel, Elisabeth de la Trinité confiait à l’une de ses sœurs du Carmel : « il me semble qu’au ciel ma mission sera d’attirer les âmes dans le recueillement intérieur ». Se tenir dans la foi éveillée, c’est pour elle être présente à la présence continuelle de Dieu plus intérieur à nous-mêmes que nous-mêmes. Et pour ce qui est de la sainteté, elle disait : « il me semble que les saints, ce sont des âmes qui s’oublient tout le temps, qui se perdent tellement en Celui qu’elles aiment, sans retour sur soi, sans regard sur la créature, qu’elles peuvent dire avec Saint Paul : ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi.»

Le chemin authentique et humble de cette carmélite, est à mes yeux un chemin que nous pouvons tous emprunter, celui de venir souvent au calme du jardin intérieur où Dieu aime en nous, et d’où nous pouvons aimer vraiment et toujours à nouveau chacun de nos frères et de nos sœurs. Le poids du réel, pour elle, c’est qu’il est pour Dieu : « à la lumière de l’éternité, l’âme voit les choses au vrai point ; Oh ! Comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide ! Je vous en prie, oh, marquez tout avec le sceau de l’amour ! Il n’y a que cela qui demeure. »

+ Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 14 - 11 septembre 2016

UNE ICONE TOUTE PROCHE DE NOUSMERE TERESA

C’est une foule considérable qui s’est rassemblée ce premier dimanche de septembre à Rome pour la canonisation de Sœur Teresa de Calcutta. Aux humbles, oui, Dieu accorde en surabondance sa grâce ! Mère Teresa, c’est pour moi un modèle d’humilité, d’amour et de prière.

J’ai eu la joie de me plonger dans cette foule de toute la terre venue à Rome pour communier à l’immense joie de se sentir soutenue par une grande sœur, plus vivante que jamais. Car nous avons bien besoin de l’appui des saints et des saintes pour notre marche humaine.

Dans cette communion si sensible et si forte des amis innombrables de cette petite servante humble des pauvres, je repensais à ces mourants de Calcutta et de partout, auprès de qui mère Teresa et ses sœurs et ses proches, ont donné et continuent de donner très concrètement leur temps, leur énergie, leur tendresse.

Mère Teresa a aimé les pauvres et pas seulement les pauvres. Elle vivait une telle relation d’amour avec le Seigneur, sans cesse en train de prier, et d’agir unie au Seigneur, que le moindre contact qu’elle avait avec une personne était un contact qui vous remettait dans le chemin de la vie et du courage d’avancer sous la conduite du Saint-Esprit.

Mère Teresa dans son désir constant d’obéir à la grâce, était burinée et purifiée dans son être. Elle était désencombrée d’elle-même et elle vivait pour être avec Jésus qu’elle aimait et qu’elle priait si constamment. Jésus n’était pas pour elle un vague sentiment, mais celui qui a soif de notre foi et de notre collaboration à son œuvre divine.

La charité, c’est toujours terriblement concret, c’est toujours, quand elle est vraiment pure, c’est toujours une percée divine dans l’épaisseur de la souffrance des hommes.
Sainte Mère Teresa, continuez votre simplicité d’être en Dieu, continuez d’aimer, continuez de prier... vous nous entraînez dans la joie durable de servir.

+ Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 12 - 17 juin 2016


tn IMG 0116      SIGNES DE TENDRESSE ET DE BONTE


Les situations de conflits, et les souffrances qui en découlent, sont-elles pour nous simplement un thème d’actualité, ou bien ces choses touchent-elles notre cœur ? Et la foi nous aide-t-elle à être des messagers de paix, des hommes et des femmes qui aidons la résolution des conflits par notre attitude d’humble et joyeux service des autres, et aussi par notre prière ? En d’autres termes, y a-t-il une « fatalité » contre laquelle la liberté humaine ne pourrait rien, ou bien les événements qui se déroulent peuvent-ils être de plus en plus des événements révélateurs de la puissance paradoxale de la Croix du Seigneur, en laquelle nous avons été plongés depuis notre baptême ?

Je voudrais vous rapporter quatre petits « signes » récents dans notre diocèse, bien différents, vous le verrez, les uns des autres.
Le premier, c’est sous forme de devinette que je vous l’écris. Qui a dit récemment : « comme on est bien d’être ici ! Les gens se parlent tous entre eux calmement et avec le sourire ! ». Et où cette parole a-t-elle été dite ? Je réponds à la devinette : il s’agit d’une petite fille de moins de 10 ans, d’une famille musulmane de Mâcon, présente à la sixième rencontre interreligieuse à Mazille. La fillette toute joyeuse a dit cela à sa maman.
Le second petit « signe » concerne la préparation de la deuxième rencontre du synode diocésain, et ce qu’a dit Sylvie HANSER aux jeunes prêtres récemment reçus à l’évêché : « souvent, les remontées des fiches des équipes synodales sont accompagnées d’un petit mot chaleureux qui exprime une reconnaissance et une bienveillance. »
Le troisième, c’est la gravité et le bonheur des visages des pèlerins qui ont participé aux récentes fêtes du Sacré Cœur à Paray-le-Monial. Pour ma part, j’éprouve à ces occasions de pèlerinages la joie entière de me joindre, avec des frères prêtres, à la ferveur et au recueillement d’une foule de pèlerins avec lesquels nous nous sentons entièrement en connivence.
Et voici encore un autre fait discret, procurant la paix, qui a été une idée d’un prêtre âgé (mise en œuvre ensuite). Ce dernier a suggéré à des religieuses de faire un petit carnet sur lequel chaque sœur écrirait une page avec une citation marquante à ses yeux et exprimant la joie de la miséricorde. Ce petit carnet a été offert à quelques uns, dont je fais partie. J’y puise régulièrement un soutien spirituel. Sur une des pages se trouve une simple parole de Sainte Faustine : « le seul remède contre le mal est la miséricorde ».

Que l’été qui arrive, et qui va peut-être nous amener un peu de soleil, soit un temps de retrouvailles avec le calme et la convivialité fraternelle ! Que nous demandions ensemble dans la prière de recevoir, et de laisser rayonner, la force incomparable du pardon, de la bienveillance et de la joie !

+ Benoît RIVIERE



Editorial - Eglise d'Autun N° 11 - 3 juin 2016


POUR LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX, TOUTE OCCASION EST BONNE A PRENDRE !

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En ce dimanche 5 juin, les sœurs carmélites de Mazille accueillent pour la sixième fois la session de dialogue interreligieux, à laquelle participent les responsables départementaux de six religions. Les participants échangent autour de cette thématique : « la vie, la mort : quelle espérance ? ».

A la lumière de sa foi, chacun peut ainsi librement exprimer ce que sont pour lui le deuil, le caractère injuste ou irrecevable de la mort, la possibilité d’une espérance qui fait vivre. « La force de la mort est telle que la victoire sur la vie en est d’autant plus grande », disait l’un des membres du secrétariat interreligieux.

Oui, ces rencontres interreligieuses sont utiles et nécessaires. Ce ne sont pas de simples exercices ponctuels ni accessoires. En effet, l’Eglise se doit d’être sans cesse « complice » de ce qui favorise et fait advenir la paix réelle.

Même si rien ne se voit au premier abord, cela ne signifie pas qu’il ne se passe rien. Dieu voit le cœur de ce qui advient, lentement, discrètement mais réellement. L’essentiel, comme au Carmel de la Paix à Mazille, et cela depuis dix ans, est ce parcours, ce voyage d’amitié, d’échanges et de confiance mutuelle, entre des croyants de différentes religions.

De nombreuses personnes en Saône-et-Loire empruntent aussi ce beau chemin, chacune sur leur terrain : petits groupes d’amitiés judéo-chrétiennes, réseaux de solidarité et de partage entre chrétiens et musulmans, session sur la connaissance du judaïsme qui se déroulera à Paray-le-Monial en juillet prochain.

Une rencontre interreligieuse, comme le disait très justement le pape Benoît XVI, est une « conversation sur la vie humaine ». Le dialogue, c’est une école de vie humaine, de charité, une école qui permet, sans qu’on s’en aperçoive immédiatement, de construire une société de respect entre les personnes.

L’Eglise tient son unité d’une source qui la dépasse infiniment, la source trinitaire. Nous voulons tant servir concrètement en Saône-et-Loire une conversation respectueuse et amicale entre tous. L’Eglise aime se ressourcer elle-même continuellement dans la joie des sacrements de la vie chrétienne. Ce ressourcement la rend chaque jour plus libre et plus généreuse. Il lui donne l’audace d’initier et de cultiver toutes occasions et espaces où des croyants de différentes origines peuvent s’estimer mutuellement et converser en marchant côte à côte, fraternellement, sur la route de la vie humaine.

N’ayons donc pas peur : toutes les occasions du dialogue sont bonnes à prendre !

+ Benoît RIVIERE


Editorial - Eglise d'Autun N° 9 - 4 mai 2016fruits



LE BIEN NE FAIT PAS DE BRUIT !


Depuis quelques années, sans bruit, des bénévoles chalonnais recueillent, deux fois par semaine sur le marché, des cagettes de fruits et de légumes en passe d’être jetées. Ils en font le tri ; et ils offrent ensuite gratuitement ces fruits et ces légumes à qui en demande.

Plus récemment, ces bénévoles humbles et joyeux ont même ouverts une boutique gratuite ; on peut venir y demander un vêtement, un meuble, de la vaisselle... et on peut aussi donner si l’on veut, des objets qui seront ensuite offerts à d’autres personnes.

J’ai mangé avec eux l’autre soir une bonne soupe de potage et une bonne compote de fruits, à partir de ce qui avait été glané sur le marché. J’ai vu la joie sur les visages de ces bénévoles engagés dans l’association des « Glaneurs ». Un groupe de jeunes professionnels accompagnés par le diacre Dominique était présent car l’une d’entre eux est bénévole chez les « Glaneurs ».

Qu’il est beau de penser à ce bien et à tant d’autres biens qui se font un peu partout pour briser les escalades de solitude, de misère, et aussi pour donner un signe lumineux :
- L’intégration de la gratuité dans les échanges à beaucoup de niveaux,
- La révision de la consommation et du train de vie pour entrer dans une belle sobriété,
- La diminution effective du gaspillage alimentaire.

Merci à vous, chalonnais « glaneurs », en cette année du jubilé de la Miséricorde. Vous montrez que la solidarité à de beaux jours devant elle.

+ Benoît RIVIERE

 


Eglise d'autun N° 6 - 18 mars 2016
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La Pâque nouvelle et éternelle


La mort et la résurrection du Christ font venir dans notre monde quelque chose qui n’était pas envisageable à seule vue humaine : supprimer la division entre les hommes, et enfouir la mort elle-même dans un passé qui ne remontera plus à la mémoire ; créer un monde nouveau qui ne sera que joie et allégresse ! Déjà le prophète Isaïe faisait apercevoir cette perspective, et faisait entendre cette promesse divine : « je vais faire de Jérusalem une exultation, et de son peuple une allégresse ! » (Is 65, 18).

En mourant sur la croix pour dissiper dans la mort toutes les tristesses, tous les pleurs et tous les cris, en accueillant et en donnant l’Esprit-Saint qui recrée dans la vie de Dieu l’humanité blessée, Jésus est vraiment Celui que nous chantons : le premier-né d’une multitude de frères, le premier-né de cette Jérusalem de joie et d’allégresse ! En lui nous trouvons chaque jour ce que Dieu crée ; par lui nous pouvons exulter déjà à cause de ce que Dieu va créer, car l’œuvre de création est à-venir, elle est ouverture continuelle, partout et toujours, à la joie divine, elle est consolation pour les cœurs brisés. C’est Dieu lui-même qui en a fait la promesse : " on oubliera les angoisses anciennes, elles auront disparues de mes yeux ! " (Is 65, 16).

Le temps pascal dans lequel nous entrons est un temps inédit, un temps peut-être que certains n’osaient même plus envisager ! Il nous semblait que le poids du mal avait barré pour toujours la porte de la joie entre tous, et voilà que, dans l’humilité de sa manifestation, Jésus ouvre le temps nouveau. Le temps pascal offre de goûter la vie de Dieu dans notre humanité réconciliée ; il est ce temps qui n’est plus téléguidé par la mort mais par l’alliance nouvelle et éternelle, il est ce temps libéré pour aimer enfin.

Chaque eucharistie actualise ce mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Nous y communions à la création nouvelle qui est toute joie et allégresse en présence de son créateur. En cette présence, le frère, et le plus petit parmi les pauvres, sont les premiers convives ; et à cette table, les plus lointains deviennent les plus proches. Ce qui était perdu est retrouvé, le fils mort est maintenant vivant pour toujours.
Oui, gloire et louange à toi, ô Christ, toi notre Pâque nouvelle et éternelle !

+ Benoît RIVIERE


Eglise d'Autun N° 5 - 04 mars 2016

AU RETOUR D’UNE RENCONTRE AVEC DES MAITRES DE L’ORTHODOXIE JUIVE AMERICAINE
(22-24 février 2016)

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Grâce aux vrais liens d’amitié et au dialogue suivi que le Cardinal Jean-Marie LUSTIGER avait noué avec des maîtres spirituels juifs, nous pouvons poursuivre aujourd’hui ces échanges, d’année en année plus confiants. Le Cardinal André VINGT-TROIS, archevêque de Paris, emmenait ainsi récemment avec lui un groupe d’évêques français et étrangers, ainsi que plusieurs prêtres et laïcs, à la rencontre de quelques-unes des innombrables « écoles » de spiritualité juive à New-York.

Le père Thierry de MARSAC participait pour la première fois à ce voyage dans les milieux si diversifiés du judaïsme américain, surtout ceux de l’orthodoxie juive.

Les juifs sont aujourd’hui 14 millions dans le monde, habitant pour l’immense majorité d’entre eux en Israël et aux Etats-Unis. Ils constituent un peuple au sens le plus profond du mot, conscient de sa singularité dans le monde. Ils cherchent à agir, dans tous les aspects de leur vie, en voulant conjuguer leur identité juive avec l’intégration sans dilution dans la modernité du monde actuel. Avec des professeurs et des étudiants de la fameuse Yeshiva University, ainsi que ceux du Séminaire théologique juif (centre universitaire et spirituel du judaïsme appelé « conservative », ou encore « massorti »), nous avons en particulier réfléchi ensemble à ce que signifie d’aimer le prochain et d’enseigner cet amour-là, quand nous sommes affrontés aux peurs et aux tentations de repliements collectifs face aux montées en puissance des « terrorismes ».

Cette question concerne autant les juifs que les catholiques évidemment. Ni vision faussement éclairante d’un « choc des civilisations », ni déni de la réalité ou indifférence bien sûr, mais lent et patient travail de l’éducation à la liberté responsable les uns des autres. Serait-il possible – et c’est un peu cela qu’on nous demande en France – d’apporter les consolations et la compassion des religions, à l’endroit des profonds désarrois actuels, sans manifester nos fondements ? On voit bien que cette question est actuelle pour nous, et elle est aussi celle de nos amis juifs rencontrés à New York, attentifs sérieusement à ce que signifie de suivre la loi de Dieu.

De ces trois journées intenses et si nourrissantes, je retiendrai ici simplement une « lumière » qui m’aide à avancer dans le combat de la vie bonne en ce monde : chercher davantage à écouter les questions des autres avant de formuler les siennes, et chercher avec eux à devenir meilleurs plutôt qu’à accumuler des savoirs. C’est la devise qui se trouve au fronton du séminaire théologique juif qui nous a si délicatement reçu : « l’important n’est pas ce que nous apprenons , mais ce que nous devenons ».

+ Benoît RIVIERE



Eglise d'Autun N° 4 - 19 février 2016

LE TEMPS FAVORABLEPAIN


Le Carême est-il un temps de mise à l’épreuve ? L’image biblique du désert est éclairante. Le temps de la traversée du désert a été pour le peuple de Dieu un temps au cours duquel il a été confronté à ses démons et à ses peurs, et surtout un temps de réception de la Parole de Dieu qui libère et remet toujours l’homme en état d’espérer et de marcher. Etre poussé au désert, c’est être mis en situation d’éprouver la force de l’Esprit de Dieu.

Eprouvant le manque, où trouverons-nous les appuis pour avancer ? S’il est vrai que Jésus a connu en tous points l’épreuve de la route humaine, à l’exception du péché, nous pouvons compter sur son Esprit pour être à notre tour confortés dans le beau combat de la liberté humaine, face aux illusions imaginaires que l’adversaire fait miroiter.

Je voudrais signaler simplement ici trois brèves leçons que peut nous inspirer le récit de Saint Luc sur les tentations de Jésus dans le désert.
Une première leçon concerne notre rapport à la nourriture (dans tous les sens du mot « nourriture », autant matérielle, qu’intellectuelle ou spirituelle). Vouloir une immédiate et impossible transformation des choses pour en jouir dans le présent, c’est dénier les médiations, en particulier celle du travail humain. Tu ne grandiras pas en humanité en déniant la médiation du travail, et, naturellement du travail avec les autres. Quelqu’un tout seul pourrait-il cultiver, et puis produire tous les jours son pain pour manger ?

La deuxième leçon, qui n’est pas d’ailleurs étrangère à la première, c’est de considérer la lenteur du temps et d’estimer la fécondité de qui prend son temps en patience. Ou alors, tu entrerais dans un imaginaire de toute puissance qui ferait fi de la création et de la belle alliance avec Dieu. Dieu nous offre le temps, tout le temps même, pour connaître sa belle patience qui respecte et aime la vie.

La troisième leçon, en phase avec les deux premières, c’est de cultiver l’écoute de la Parole, et de ne pas pervertir la loi pour la faire servir à nos besoins. Le diable est assassin de la vérité de la Parole, il la retourne pour la faire servir à ses fins de toute puissance imaginaire. Jésus ne se sert pas de la Parole de son Père, il l’écoute et en fait voir la lumière salvatrice inépuisable.

+ Benoît RIVIERE


Dieu lui-même est entré en conversation avec les hommes



A table l’autre jour chez des religieuses, j’écoutais le récit qu’elles me faisaient à leur retour d’une session de formation biblique. Etait-ce leur joie communicative, était-ce la sincérité et la pertinence de leurs propos ? Etait-ce la fraternité d’une table amicale ? Toujours est-il que j’ai été touché par une question somme toute fort simple : avons-nous véritablement un appui dans la Parole de Dieu lorsque nous entrons en conversation avec le monde ? L’Ecriture Sainte est-elle pour nous une source pertinente dans ce que nous recevons des autres et dans ce que nous voulons aussi leur dire ?

La question de notre enracinement dans la Parole de Dieu pour un meilleur rapport avec le monde est si importante qu’il ne faut pas trop vite y répondre par les impératifs : il faut prier, ou bien, il faut faire lectio divina, il faut respecter les différences, etc. Mais je pense plutôt que cette question demande à rester toujours ouverte ; elle exige même que l’on n’y réponde surtout pas trop vite. C’est d’ailleurs vrai pour toutes les bonnes questions ! Il ne s’agit pas d’y apporter immédiatement une réponse. Il s’agit de les recevoir et de les laisser cheminer en nous. L’Evangile est rempli de questions que les hommes posent à Dieu, se posent entre eux, et que Dieu lui-même leur adresse.

Un professeur de théologie nous avait signalé la différence entre un problème et une question. Un problème appelle, quand c’est possible, une solution. Une question quand elle est vraie et qu’elle ne porte pas en elle-même la réponse, nous ouvre le cœur et l’intelligence. Elle mérite d’être portée. Ainsi en est-il effectivement de cette question entendue l’autre jour au cours d’un déjeuner chez des religieuses, et que j’entends moi-même comme une question de vie. Entreras-tu suffisamment en dialogue avec le monde dans la lumière de ce que Dieu révèle au monde, c'est-à-dire dans la lumière du Christ ? Un verset psalmique m’est revenu à la mémoire : «qu’elle est douce à mon palais ta Promesse, le miel a moins de saveur dans ma bouche. Tes préceptes m’ont donné l’intelligence. Je hais tout chemin de mensonge. » Et un autre verset ne dit-il pas: « qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis » ?

+ Benoît RIVIERE