Editoriaux d'Eglise d'Autun

Editorial d'Eglise d'Autun N° 20 - 06 décembre 2019

DANS LE STUDIO DU COEUR INTERIEUR

Quelle chanson aimez-vous entendre, et peut-être, aussi fredonner en vous-même, ces temps-ci ? Et quel spectacle vous a le plus touché ces derniers temps ?

Nous éprouvons le besoin, n’est-ce-pas, de garder en nous, au fil des jours, un espace de poésie et belles images. Nous aimons goûter la musique en continu, celle qui nous permet de garder une juste distance avec les multiples pressions et sollicitations qui nous assaillent.

Permettez-moi de vous partager ma joie actuelle quand je revois, et que j’entends dans mon « studio du cœur intérieur », une séquence de la comédie musicale intitulée « Bernadette de Lourdes ». Ce spectacle, vous le savez sans doute, a nécessité 9 années de maturation et de travail… c’est-à-dire qu’il n’est pas tombé de la dernière pluie !

mains doigtsEt voici cette séquence : avant de quitter définitivement sa chère ville natale de Lourdes, Bernadette devenue adulte, ayant longuement réfléchi à sa vocation, demande la bénédiction de son père meunier, François Soubirous. Bernadette veut seulement recevoir cela de son père, c’est-à-dire qu’il bénisse le départ de sa fille et son entrée chez les religieuses hospitalières de Nevers.

Et voilà qu’intérieurement, Bernadette a quelque chose contre son père. Elle lui en veut de ne pas l’avoir crue et soutenue, des années auparavant, au moment de l’expérience des apparitions à la grotte. Le père chante alors une poignante supplication à sa fille : « est-ce que tu pardonnes à ton père de n’être qu’un homme ? » Bernadette écoute à distance, avant de se précipiter dans les bras de son père pour recevoir, encore mieux, si j’ose dire qu’une bénédiction, pour recevoir et goûter avec son père la joie de la réconciliation.

Cette scène, et le chant admirable du père, me touchent particulièrement en ces temps-ci, comme me touchent également les voix de Natasha St-Pier et de Gregory Turpin, en belle communion avec celles des voix des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, en tournée actuellement en France, et aussi en Belgique, pour chanter la joie de Noël.

+ Benoît Rivière


Editorial d'Eglise d'Autun N° 19 - 15 novembre 2019

NOUVEAUX CHEMINS POUR L'EGLISE ET POUR UNE ECOLOGIE INTEGRALE

Le synode sur l’Amazonie vient de s’achever, mais, comme tout synode, il met en route pour de nouveaux chemins et pour une conversion à accueillir. Le pape publiera très prochainement les conclusions qu’il tirera de ce synode pour toute l’Eglise. Nous sommes attentifs à nous laisser encourager et instruire par ce que nous dira le pape.

Pendant notre récente assemblée des évêques de France à Lourdes, nous avons écouté l’un d’entre nous, participant du synode pour l’Amazonie : Monseigneur Emmanuel LAFONT, évêque de Guyane. Ce département français compte, on le sait, une partie (modeste mais réelle) de la population amazonienne. Comme nous a dit Mgr LAFONT, l’Amazonie invitée au Vatican pour ce travail de discernement et de communion dans la foi universelle, c’était un peu la périphérie mise au centre ! C’était dire au monde entier : écoutez le cri des pauvres ! Ecoutez aussi avec eux le cri de notre terre !
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L’Amazonie est l’un des principaux poumons pour la respiration de la terre entière, et ce poumon est aujourd’hui gravement menacé par la déforestation. Il est possible de changer nos manières de faire et nos mentalités consommatrices pour entrer dans une nouvelle et sobre manière de vivre, réconciliés avec la terre et non plus exploitants aveugles de cette terre. L’avenir n’est pas écrit d’avance, sauf si hélas nous continuons la logique de l’exploitation sans limite des ressources naturelles et si nous continuons à ignorer ce qui se joue lorsque des déséquilibres énormes sont accentués par la surconsommation.

La louange chantée par Saint François d’Assise est écrite depuis le tréfonds d’un cœur et d’un corps blessés par la maladie et les trahisons. Elle est donc particulièrement appropriée pour nous aujourd’hui. Le synode pour l’Amazonie nous entraîne à vivre de la vie que Dieu donne à toutes ses créatures, et nous entraîne à la belle restitution de notre être, c’est-à-dire à la louange, plutôt qu’à l’accaparement, à la suffisance orgueilleuse et à l’égoïsme. Oui, avec les cœurs purifiés par l’épreuve, nous osons chanter : loué sois tu, Seigneur, pour sœur l’eau, et pour la terre, qui féconde et qui peut nourrir les affamés !

+ Benoît RIVIERE


Editorial d'Eglise d'Autun N° 18 - 1er novembre 2019

VISAGE CES VISAGES QUI OUVRENT A L'ESPERANCE

Dans l’évangile, nous apprenons à ouvrir nos esprits et nos cœurs     aux réalités du Royaume de Dieu. Nous voyons des visages         d’hommes, de femmes, et d’enfants, visiblement éclairés par la confiance et par l’espérance. Combien de fois le Seigneur a loué la foi des humbles !

Ces jours-ci, je me souviens de plusieurs d’entre eux. Je vois, je revois, ces visages burinés par l’existence, burinés par les épreuves et par la douce persévérance de l’amour, de ces pèlerins venus à Paray-le-Monial pour faire un temps de retraite spirituelle et célébrer la fête de Sainte Marguerite-Marie. C’est comme si, à travers eux, à travers elles, le Seigneur me disait : ce qui ne se voit pas, ce qui est cette alliance vive entre la créature et son créateur, c’est cela qui est le plus beau !

Je vois, je revois ce visage d’un représentant de l’Etat et le visage de son épouse, quittant dans la paix et l’humilité une responsabilité et une région où ils s’étaient donnés avec compétence, et avaient tissé de belles relations autour des réalités à servir, et non pas seulement autour d’eux-mêmes ; quelle belle lumière, quelle paix, quelle douceur et quelle joie durable ! Le regard qu’ils ont porté sur notre pays de Bourgogne nous a entraînés à espérer et aimer davantage.

Je vois, je revois ces visages d’enfants à l’Ecole de prière des jeunes à Etang-sur-Arroux récemment, si emplis de joie et de bonheur. Etre à leur service, être avec eux dans la prière, dans les jeux, dans les ateliers artisanaux… pour des adultes, c’est quelque chose qui ouvre à l’espérance. C’est quelque chose qui a saveur d’évangile : avance ! Ne te retourne pas en arrière ! Celui qui regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu !

Et je vois, je revois, j’ose le dire, le visage des proches collaborateurs, marqués par le calme et la sérénité joyeuse, marqués par la belle joie de servir l’Eglise. Sans cette lumière quotidienne dans les relations, il serait impossible de croire, d’aimer et d’espérer.

+ Benoît Rivière




Editorial d'Eglise d’Autun N°16 - 4 octobre 2019COURAGE

COURAGE ZOROBABEL !
COURAGE TOUT LE PEUPLE !


Le prophète Aggée ne s’adresse pas seulement aux chefs, il convoque à l’action le peuple entier : « Courage Zorobabel ! Courage, tout le peuple ! » Quel est ce peuple ? C’est le peuple revenu d’un long exil hors de chez lui, ramené sur sa vraie terre, et qui ne retrouve plus la belle maison de prière édifiée jadis par Salomon. A cette place, ce n’est que ruines, cendres, débris.

Nous ressemblons à ce peuple. Nous sommes perçus comme des rescapés d’une Eglise qui connut jadis des institutions mémorables qui faisaient notre joie et l’équilibre de notre marche sur les chemins éprouvants de la vie. Nous savions pouvoir compter sur elles, et nous reposer sur elles.

Devant les « effondrements » de toute sorte, familiaux, éducatifs, sociaux, économiques, politiques, liturgiques, moraux, patrimoniaux… nous ne retrouvons plus l’antique maison de prière. Et nous entendons heureusement la voix des prophètes comme Aggée. Ces voix ne découragent pas ! Ces voix ne condamnent pas ! Ces voix préparent celle du Sauveur ; elles sont solidaires de notre pauvre vie, elles donnent la joie au lieu de la tristesse, le réconfort au lieu de l’errance, elles engagent vers l’avenir fraternel au lieu de l’enfermement dans les divisions haineuses, elles inscrivent en nous la vérité par le canal de la douce miséricorde.

Courage Zorobabel, courage tout le peuple ! Participe avec tes frères et de toute ton énergie, à l’édification de ce que Dieu donne de voir s’élever comme un signe pour les nations : « ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples. »

La force prophétique est entièrement présente dans la personne du Sauveur, Lui que nous voyons prendre régulièrement le recul de la vraie prière : « Il se tenait à l’écart pour prier. » Cet « écart » n’est pas celui de la peur, ni du mépris, ni du découragement, il est celui de l’amour véritable qui reçoit et qui donne, qui écoute et rend capable d’agir véritablement.

Le courage de prier marche avec celui de servir et d’agir selon Dieu.

+ Benoît RIVIERE

 


Editorial d'Eglise d'Autun N° 15 - 20 septembre 2019Cardinal

ENTRETENIR LA MEMOIRE DE CE QUE DIEU FAIT

Dans chaque eucharistie, nous entendons et nous recevons ce que Dieu, en son Fils Jésus, fait pour que nous vivions. Nous entendons ce qu’Il dit pour son peuple et ses amis, nous entendons Sa voix comme le salutaire murmure de la brise adoucissante, même dans la tourmente et les plaintes de tous bords. Nous entendons son Amour qui nous cherche et nous réjouit.

Nous recevons et nous communiquons ce qu’Il fait pour la multitude. Nous recevons, à mesure de notre propre indigence, l’Esprit-Saint consolateur et donateur de vie. Nous recevons et nous voudrions tant offrir à chaque moment cette joie que nul ne pourra jamais nous ravir.

Ces jours-ci, je voudrais encore me souvenir d’un témoin du monde contemporain. Ce témoin, j’aime y penser dans la reconnaissance et l’action de grâce, c’est le Cardinal ETCHEGARAY. Ses yeux pétillants et largement ouverts se sont à présent fermés pour toujours sur cette terre, attendant la résurrection bienheureuse sur la terre des vivants qui louent Dieu avec les saints.

Je revois son visage, j’entends le son de sa voix, et je devine son cœur simple et libre. Cher Père ETCHEGARAY, on lisait sur les traits de votre visage que vous étiez un homme eucharistique, libre et passionné : libre de taire ce que vous vouliez taire, et libre de dire clairement, avec humour et talent, ce que vous vouliez faire entendre. Vous étiez passionné par les gens, petits ou grands, chrétiens ou non, dès lors que votre cœur de pasteur ouvert sur le monde, sentait qu’il y avait une quête de vie et de dialogue en eux. Et il y a toujours une soif de vie et de rencontres des frères, chez chaque être humain. Vous aimiez le monde, non pour vous y fondre, mais pour deviner dans ses ressorts les plus profonds, le travail de l’Esprit-Saint, tellement beau et durable. Et vous aimiez le Christ et sa Mère, ô combien, auprès de qui vous nous entrainiez, chaque fois que nous étions votre hôte, grâce à la prière devant les icônes de votre oratoire.

Avec vous, Père ETCHEGARAY, avec nos ainés dans la Foi, avec aussi les enfants d’aujourd’hui qui attendent de l’Eglise cette même ardeur de foi, nous voulons chanter avec le psalmiste : « Seigneur, je ferai repasser dans mon cœur tes innombrables bienfaits ! »

+ Benoît RIVIERE



saone et loire chemins septembre 2019Editorial d'Eglise d'Autun N° 14 - 6 septembre 2019

NOUVEAUX VENUS, NOUVEAUX VISAGES

Le mois de septembre est celui des vendanges, c’est aussi celui de la rentrée. Pour nos frères et sœurs du judaïsme, c’est le mois de Kippour, le grand Pardon, qui inscrit dans les cœurs la joie bouleversante de la rémission des péchés.

Ces jours-ci, dans les paroisses, les écoles, les clubs sportifs et les conservatoires de musique, les groupes de spiritualité et les communautés diverses, les aumôneries et les mouvements d’action catholique, les entreprises… se présentent des nouveaux venus, autant de nouveaux visages qui voient les réalités que nous vivons avec un regard de première découverte et de gratitude. C’est comme si à travers eux, nous entendions un appel : Est-ce que tu permets que j’augmente ta joie ? Est-ce que je peux avoir une place avec vous ? Est-ce que je peux compter sur vous ?

Prochainement, samedi 5 octobre à la Maison diocésaine de Saint Désert, les nouveaux baptisés du diocèse, et ceux qui ont reçu comme adultes le sacrement de confirmation à la Pentecôte, sont conviés pour une rencontre et un partage, avec la célébration de l’Eucharistie à 11h00. Nous élargirons ce groupe, en accueillant pour l’Eucharistie et pour le repas partagé tous les nouveaux arrivants en Saône-et-Loire qui le voudront.

La Maison Diocésaine a vocation d’être maison de l’amitié chrétienne et de l’hospitalité, comme Béthanie, maison où chacun peut se sentir un peu « chez lui » parce que le sourire de la Mère de Jésus est tangible. Nous ferons découvrir ce lieu aux participants, et nous écouterons ce qui les porte dans leur nouvelle existence en Saône-et-Loire.

Je souhaite que nous ayons à cœur d’inviter personnellement des nouveaux venus en Saône-et-Loire en leur disant : « vous êtes chaleureusement attendus le 5 octobre à Saint Désert pour l’Eucharistie de 11h00 (à l’église du village) et pour le repas partagé ensuite ! »

Aux lecteurs d’Eglise d’Autun, je dis ma gratitude pour leur fidèle confiance, et pour leurs prières. Que chacun ajoute à la joie des autres, et soulage aussi comme il est possible la peine des autres, pas sa simple présence et par son ouverture à l’inattendu que Dieu prépare.

+ Benoît RIVIERE


Editorial d'Eglise d'Autun N° 13 - 5 juillet 2019VIERGE ENFANT 15 02

LES HUMBLES SONT PIERRES D’ANGLE

Quelqu’un a dit ce soir-là : « la solitude, ça tue ! ». Alors, quelqu’un d’autre a pris la parole. C’était une femme, digne, marquée aussi par la douleur, mais lumineuse de foi. Elle a parlé de son mari, et aussi de sa relation avec la Sainte Vierge. Cette femme d’humble condition aimait son mari, et lui-même se rendait souvent à l’église pour déposer devant la Sainte Vierge une petite bougie et une fleur blanche. Il est mort. Et à présent, c’est elle, sa femme, qui vient déposer dans cette église une petite bougie et une fleur blanche devant la Sainte Vierge, de la part de son mari. Un jour, elle y a joint un papier sur lequel elle avait écrit ceci : « Vierge-Marie, c’est B….., mon mari, qui te prie et qui te donne cette fleur ! » Alors est arrivée une personne efficace et rapide, chargée de mettre un peu d’ordre par-là, qui lui a dit : « la fleur et la bougie, oui, mais pas de papier ! » Alors la femme sans aucun mouvement de mépris, sans la moindre agressivité, a repris son papier écrit pour la Sainte Vierge et a dit dans son cœur : « Marie, toi, tu connais bien toute chose, et tu n’as pas besoin de lire mon petit billet pour savoir que mon mari t’aime beaucoup et que moi aussi je t’aime et te prie de protéger ma vie. »

Il y a encore autre chose que la solitude pour tuer, c’est l’invasion, que dis-je, le bombardement ininterrompu des « informations ». Il semble que nous soyons devenus des passoires mitraillées par les informations. En quelques jours, peut-être moins, nous sommes impactés en une seule journée par un volume d’informations que les cerveaux de nos ancêtres ruraux, voici quelques siècles à peine, ingurgitaient sur toute la durée d’une vie. On m’a dit qu’au cours de toute leur existence, les anciens dans le monde rural recevaient, en matière de données informatives, seulement ce qui correspondrait aujourd’hui au contenu de deux éditions journalières du journal « Le Monde » !

Morale de l’histoire : place urgente cet été à des rencontres simples et un peu prolongée avec quelques pierres d’angle ! Leurs propos parfois sont des pépites de vie pure. Vous avez compris que cet éditorial leur était dédié en profonde gratitude.

+ Benoît RIVIERE




Editorial d'Eglise d'Autun N° 12 - 21 juin 2019louange

DU TEMPS POUR BENIR

Les rythmes de la nature nous apprennent, ou devraient nous apprendre, à nous réconcilier avec l’écoulement du temps.
Je veux dire que l’alternance du jour et de la nuit, des saisons, des pluies et des vents, du soleil et des nuages, et encore la lente croissance des arbres et des plantes, sont une indication silencieuse à demeurer avec sagesse dans le temps qui nous est offert. Le temps est comme un chemin ouvert pour goûter la grâce à l’œuvre partout.

On dit parfois que le présent seul nous est donné pour vivre réconciliés. Certes ! Mais à condition de ne pas comprendre le présent, l’aujourd’hui, comme simplement un instant. L’instant rime avec l’instantanéité. Et l’instantanéité ne dit rien de la vraie fidélité. C’est bien plus dans le fil de notre existence, dans les alternances de consolation et de désolation, dans l’humble acceptation des processus et de la durée, que peut s’opérer le discernement de l’action de l’Esprit-Saint dans le monde, et dans nos vies personnelles.

J’ai écouté il y a quelques jours avec bonheur quelques futurs prêtres et diacres dire à des journalistes combien c’était dans le temps long que Dieu agissait, et combien c’était important d’entrer dans cette humble écoute d’un Dieu qui se révèle partenaire du temps. La fameuse « heure » de Jésus est bien mieux qu’un instant qui vient et disparait, elle est la rencontre d’un amour offert et d’une initiative absolument gracieuse de Dieu qui a résolu de nous sauver. Elle est présence à Dieu et présence à nous-mêmes. Elle est le temps favorable, si nous regardons bien.
Voir notre époque comme celle où se manifestent les merveilles de Dieu est un acte qui résulte de la foi et de l’espérance. Sans la foi, sans l’espérance, nous ne voyons plus les fruits de la bénédiction. Or, c’est pour cela que nous somme créés, pour la louange et pour la bénédiction.
En ce proche début de l’été, puissions-nous bénir, et choisir la bénédiction comme attitude fondamentale !

+ Benoît RIVIERE

 


Editorial d'Eglise d'Autun N° 11 - 07 juin 2019

« SEIGNEUR, VIENS EN AIDE A NOTRE FAIBLESSE »tn P1180012B

Comme pour la Parole de Dieu, nous ne finirons jamais de découvrir la richesse et la profondeur des rites de la liturgie chrétienne. Et c’est pourquoi, lorsque nous les célébrons, nous progressons dans la joie de la foi.

Dimanche 23 juin, en priant la liturgie d’ordination d’Hervé et de Bernard comme nouveaux « coopérateurs » des évêques, et celle de l’ordination de François comme nouveau « diacre » de l’Eglise, nous réaliserons mieux ceci : notre façon de voir a toujours besoin d’être déplacée et élargie par la foi de l’Eglise. Et la réception par les communautés chrétiennes de ceux qui leur sont envoyés par l’évêque (je pense aussi aux changements de curés dans des paroisses) est un signe très beau qui fait grandir les uns et les autres dans la foi. Oui, nous éprouvons à quel point le Seigneur vient en aide à notre faiblesse.

Prenons quelques éléments de la liturgie d’ordination des prêtres, à titre d’illustration. On prie pour que Dieu lui-même forme, à travers ses serviteurs, le peuple sacerdotal, c’est-à-dire un peuple habité par un amour rempli d’espérance envers l’humanité, un peuple capable de louange et d’intercession, capable de se donner vraiment. Et dans la prière d’ordination qui prolonge l’imposition des mains, on termine par ces mots suggestifs : « en communion avec nous, Seigneur, qu’ils implorent ta miséricorde sur le peuple qui leur est confié et pour l’humanité toute entière… »

On évoque dans les rites d’ordination ce que sera le travail des prêtres, ou plutôt leur capacité à intercéder et à servir la communion entre les divers membres. Il s’agit là encore d’une responsabilité qui se reçoit de Dieu dans son Eglise et qui met en relation avec Dieu, qui établit quelqu’un comme serviteur d’une communion fraternelle venant d’un amour divin, comme le Christ qui livre sa vie, jusque dans la souffrance de la Croix, pour rassembler les enfants de Dieu dispersés.

Je remarque aussi combien une juste perception de la mission des prêtres et des diacres, ne peut se faire sans une vision unitive de l’ancien et du nouveau Testament. Je veux dire que les « figures » de l’ancien Testament se réalisent lumineusement dans le nouveau, y compris celles des serviteurs de la bonne organisation du peuple appelé. Moïse et ses compagnons « deviennent » en quelque sorte les « collaborateurs, ou coopérateurs » des évêques.

Enfin, je voudrais souligner que pour toute consécration d’une liberté humaine au service de ce qui vient de Dieu, c’est l’Esprit-Saint qui en est le souffle et l’artisan. Sans lui, tout s’affaisse dans l’insignifiance, dans une morne tristesse et dans un aplatissement des perspectives. Les gestes d’une ordination de prêtres, je pense en particulier à la concélébration de l’imposition des mains par l’évêque et le presbyterium, je pense aussi à l’onction des mains, nous renvoient à une transformation de quelqu’un au plus profond de lui-même pour devenir à un titre particulier et pour toute son existence, ami de l’unique médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ. Il s’agit d’une transformation dans l’Esprit-Saint, qui pousse à une écoute jamais achevée de ce même Esprit qui fait l’unité de l’Eglise.

+ Benoît RIVIERE


Editorial d'Eglise d'Autun N° 10 - 24 mai 2019


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Une adolescente m’a posé cette question : « je n’ai pas bien compris ce qu’étaient les 7 « pouvoirs » du Saint-Esprit. Pouvez-vous m’éclairer là-dessus ? » Elle a utilisé le mot « pouvoir », parce que l’expression des « dons » du Saint-Esprit ne lui était pas familière !

Dieu ne nous donne pas en effet des choses comme on donne de l’argent à une association qu’on veut soutenir, ni même comme des parents donnent une éducation à leurs enfants. Quand Dieu donne, il ne donne pas moins que lui-même, dit admirablement Saint Thomas. Et la parole sacramentelle de la confirmation l’exprime bien : « sois marqué de l’Esprit-Saint, le don de Dieu. »

Ce que cette adolescente appelle les « pouvoirs » de l’Esprit de Dieu, sont une manière de comprendre comment Dieu agit pour nous en se donnant à nous tout entier. Oui, il veut nous communiquer ses « pouvoirs ». Et il n’agit jamais en nous sans nous ; il est le partenaire éternel de notre liberté créée. Il nous rend capables de vivre et d’aimer comme lui. Les fameux « dons » du Saint-Esprit sont comme ce souffle actif qui creuse en nous une capacité à nous émerveiller de la beauté et de la bonté de Dieu ; c’est le don de crainte (qui n’a rien à voir avec la peur). Si nécessaire, dans un contexte de zapping permanent, le Saint-Esprit creuse en nous la capacité de la fidélité, nourrie par les sacrements et par les frères qui nous aident ; c’est le don de force.
Par le don de la filialité, qui est inséparable de celui de la fraternité, (manière de dire le don de piété) nous bondissons de joie et de confiance pour nous porter vers Dieu notre Père et vivre en frère avec les autres.
Le don de conseil est comme celui d’une boussole intérieure qui indique où est la belle attraction de notre vie. La charité est la véritable nourriture de l’homme, et le don de conseil est comme cette faim salutaire de la charité.
Celui de la connaissance nous fait déchiffrer les traces du créateur ; c’est le don si nécessaire pour vivre réconciliés avec la création.
L’intelligence n’est pas ici le quotient intellectuel, mais ce regard intérieur venant de Dieu, et qui fait lire toute chose dans la lumière qui ne vient pas de nous. « Par ta lumière, dit le croyant, nous voyons la lumière. »
Enfin, le don, le pouvoir, de sagesse fait goûter Dieu lui-même. C’est l’esprit d’enfance évangélique.

Dieu, en définitive, nous donne de pouvoir donner et recevoir ce qui ne disparaitra jamais, c’est-à-dire l’amour dont Il aime. Et si ce don est permanent, c’est pour que notre existence blessée soit transformée au long des jours et que nous devenions réellement libres, comme Jésus est entièrement libre.

+ Benoît RIVIERE


 


Editorial d'Eglise d'Autun N° 8 - 19 avril 20192019 PAQUES

VIVRE DE DIEU

De nombreuses personnes de bonne volonté sont actuellement profondément atteintes dans leur confiance envers l’Eglise. Elles se demandent si la Maison des chrétiens est encore une Maison sûre.

J’en suis vraiment convaincu, la purification de l’Eglise est déjà commencée. La situation actuelle est pour tous un encouragement à mieux faire, mieux agir, mieux aimer. Cette profonde transformation ne nous fera pas changer d’Eglise. Mais elle nous oblige à changer en Eglise. La gravité et l’étendue de ce qui est révélé conduit à des cheminements intérieurs pour chacun de nous.

Aujourd’hui, à Pâques, un Dieu bon, un Dieu qui aime, se montre à nous. Nous avons contemplé Jésus des Rameaux aux Jours Saints. Nous lui ouvrons nos cœurs : nous l’aimons et il nous parle aujourd’hui. Son Esprit Saint guide les hommes et les femmes en animant leurs âmes de la bonne volonté des amis de Dieu.

Le Pape émérite vient de publier un long texte théologique dans lequel il analyse le contexte actuel de l’Eglise. Il écrit que c’est seulement « s’il y a un Dieu créateur qui est bon et qui veut le bien », que « la vie humaine peut avoir un sens ». « Une société dans laquelle Dieu est absent » perd son orientation. Elle est condamnée à voir « la fin de sa liberté ».

Une certaine liberté intérieure et la conscience de l’action de Dieu dans les cœurs sont donc étroitement liées. Sans cette liberté, il ne peut exister d’éducation des consciences. Le « premier devoir » des chrétiens, poursuit Benoît XVI, est donc de recommencer « à vivre de Dieu ». C’est en se laissant transformer librement de l’intérieur que l’Eglise retournera à l’Evangile. J’invite chacun à goûter de façon nouvelle cette liberté intérieure venue du Christ ressuscité. Elle est déjà une jolie façon d’espérer !

Bonne vie en Dieu !

Belle fête de Pâques !

+ Benoît Rivière

 



Editorial d'Eglise d'Autun N° 7 - 5 avril 2019mains unies

" ETRE AVEC"

Les prêtres du Conseil Presbytéral ont entendu le père Georges AUDUC dire, lors de sa conférence sur la mort et la résurrection du Seigneur, que la foi ne nous décrivait pas le ciel ; mais la foi nous assure que là où est Jésus, nous serons nous aussi avec lui.
Etre avec, c’est l’expression la plus lumineuse pour désigner l’amour. L’amour désire la présence de l’aimé, il désire être avec l’aimé. Cet « avec » a quelque chose de formidable : Dieu ne nous parle pas de loin, Il ne nous envoie pas seulement des bons conseils, Il nous désire avec lui toujours.
Oui, nous sommes aimés, Dieu veut demeurer avec nous, Il veut être toujours avec nous. Dieu n’est pas contre nous avec notre mal. Dieu est avec nous contre notre mal. Et le mal tue, il engendre la mort…
Jésus donne cet amour vivifiant de manière privilégiée à ceux et celles qui sont, je dirais, ses « préférés », c’est-à-dire les humbles et les pécheurs. Il mange avec eux, il partage jusqu’à la fin leur condition pour leur communiquer sa joie. Il affirme à un pauvre bougre : aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. Et la vie, la joie, ne sont pas des choses que nous obtenons par nos efforts, elles sont purs cadeaux.
Souvenons-nous de cet amour unique entre tous dont Dieu aime, laissons-nous ressaisir par lui, croyons-le plus fortement au temps de l’épreuve, accueillons-le et offrons-le, en reconsidérant le prochain lui-même dans la réalité : le Christ Jésus a livré sa vie pour ce frère-là comme pour nous-mêmes, pour cette sœur-là en particulier, pour ce pauvre qui n’a rien, …
Il s’agit d’être avec Jésus, d’être avec Lui dans sa mission de salut, d’être avec Jésus parce que lui nous a appelés, comme les premiers disciples, à le suivre dans le plus concret et le plus humain. Il nous arrache aux mauvais isolements, pour nous faire habiter avec le prochain dans la vie véritable, celle de la charité.

+ Benoît RIVIERE

 


Editorial d'Eglise d'Autun N° 5 - 8 mars 2019

« CHANGER D’ATTITUDE »

Nous pouvons comprendre ainsi le chemin de conversion qu’est le temps favorable du Carême : « Jeûner, dit le pape François, c’est-à-dire changer d’attitude à l’égard des autres et des créateurs. »

Une plongée dans un autre univers culturel nous apprend que la beauté du cœur humain est infiniment respectable, et qu’elle se montre dans des coutumes et des visages si différents des nôtres. Avec quelques amis de Saône-et-Loire, j’ai eu la joie de me laisser accueillir récemment par les diocésains de Fénérive-Est (Madagascar), et par leur évêque, Mgr Marcellin RANDRIAMAMONJY, en plein été… près de l’équateur ! C’est dire la chaleur… mais je veux surtout insister sur la chaleur des dialogues vécus ! Les catholiques de Fénérive-Est concluaient leur synode diocésain durant quelques jours de fête autour du 18 février, date anniversaire de la création du diocèse, il y a 18 ans, et date également du 18ème anniversaire de la consécration épiscopale du 1er évêque de ce diocèse, Mgr Désiré TSARAHAZANA, devenu cardinal archevêque de Tamatave.

chemin02De ce choc salutaire avec ce que j’appellerai l’expression singulière de la beauté du cœur humain dans la culture malgache, je retiendrais trois ondes qui peuvent accompagner un « chemin de conversion », ou un « jeûne » si l’on préfère :
- Quand tant de repères sécuritaires ne sont pas là, quand l’existence au quotidien est un véritable combat contre le fatalisme, quand tant de fléaux récurrents pourraient miner la confiance et la joie, la simple relation humaine, sans autre chose que la délicatesse de l’écoute, de la parole calme et de l’humble présence, devient le pain quotidien nécessaire et essentiel. J’ai été frappé par la capacité du peuple malgache à manifester cette humble et belle qualité relationnelle.
- La patience devant l’adversité et les désillusions, la patience quand les conditions techniques sont défaillantes, la patience à refaire chaque jour les humbles gestes nécessaires à la vie des siens, voilà encore une qualité rayonnante de ce peuple si attachant.
- Enfin, je parlerais brièvement de l’humour si répandu dans les relations dont nous avons été témoins durant 8 jours, cet humour entretenu qui permet de tenir bon et de garder le sourire. Il me semble que c’est par charité les uns envers les autres, pour être mutuellement encouragés à marcher sans découragement, que les malgaches entretiennent finalement le sens de l’humour. L’humour se fait l’expression d’une espérance qui ne chancellera pas.

Je reviens au Carême dans lequel nous venons d’entrer. Qu’il rayonne de la bonne odeur du Christ, le frère universel, l’aimé de Dieu en qui le monde est sauvé ! Que nous « sortions » plus joyeusement à la rencontre des autres, dans l’humble respect de leur beauté propre, et dans le don généreux de notre temps ! Que nous sachions recevoir dans le visage et la patience des plus humbles l’appel du Christ lui-même !

+ Benoît RIVIERE





Editorial d'Eglise d'Autun N° 4 - 22 février 2019

FAIT DIVERS D’UN JOURtaxi parisien

C’était à Paris, un mardi, à la pause de midi du Conseil Permanent des évêques, et j’attrapais en vitesse un taxi pour me rendre à un déjeuner.

Mourad, le chauffeur, m’a poliment accueilli, et j’ai vite réalisé qu’il était en conversation téléphonique avec un autre musulman sur la question de la mort de Marie, Mère de Jésus.
Voyant mon col romain, il me demande :
- Mon père, comment Marie est-elle morte ?
Et à son interlocuteur téléphonique, avec humour :
- Tu vois ! Tu ne parviens pas à m’expliquer comment l’âme de Marie est montée au ciel avec son corps, comme Jésus, et voilà qu’un père arrive à point nommé pour en parler avec nous.

Le trajet n’était pas bien long (6,70 euros !) et nous voilà lancés dans un bel échange sur la réalité de l’assomption de la Sainte Vierge, et sur la part de souffrance en toute vie humaine.
En nous quittant, il me souhaite en arabe une bonne journée, et je lui réponds en lui souhaitant, dans sa langue, une bénédiction. Alors, il me dit : « c’est cela le plus important : voir tous les événements sous le regard de Dieu. Il nous bénit toujours quand nous cherchons sa volonté. »

Mon chauffeur d’un quart d’heure avait aussi parlé des trois femmes les plus saintes dans la tradition musulmane, c’est-à-dire la femme du pharaon, Sarah et Marie. Elles ont été bénies d’avoir été obéissantes à la volonté de Dieu. Elles nous entraînent par leur liberté à marcher nous aussi sur le chemin de la vie véritable.

Et il y a tant d’innombrables autres femmes semblables à ces trois-là. Ce même jour, j’ai croisé par exemple ces trois-là : cette mère de famille qui se nourrit régulièrement en semaine de l’Eucharistie, et qui ouvre généreusement avec son mari la table familiale ; et encore cette moniale rayonnante de paix et de vérité de retour d’une retraite de discernement ; et enfin cette responsable de communauté religieuse m’offrant son dernier livre dont la préface commence par ces mots : « il est des instants où l’on va de façon fulgurante au cœur de la foi. » Et le début du second paragraphe dit que « la foi s’éprouve dans la rencontre ».

Oh oui ! Mille fois oui !

+ Benoît RIVIERE

 


Editorial d'Eglise d'Autun N° 3 - 8 février 2019

L'AMOUR ESPERE


plante rocherEtait-ce que le printemps va venir ? Ou bien un simple penchant indéracinable à voir ce qui germe plutôt que ce qui pourrit ? En tout cas, ces jours-ci, je suis surpris chaque jour par des signes humbles et beaux de résurrection. C’est la belle intelligence d’un chercheur universitaire dialoguant et priant avec ses collaborateurs ! C’est un enfant qui rend service spontanément ! C’est une moniale donnée entièrement à la vie contemplative et à la joie fraternelle ! Ce sont des grands adolescents questionnant un intervenant pour se confronter avec la réalité ! C’est une ancienne qui dit chaque jour son chapelet pour d’autres, et qui croit en la puissance de la prière ! C’est un témoin parlant avec bonheur de la disponibilité de Marie et qui nous pose cette simple question : à qui voulons-nous vraiment plaire ? A Dieu ? C’est un frère heureux de montrer le meilleur de son cœur !

Etre surpris par ce qui est beau, peut paraître surprenant en ces temps moroses. Surprenant ? Oui, au sens de ce qui saisit pour élever, pour faire voir les êtres dans ce qu’ils portent de promesse. Je vous le demande : du meilleur de lui-même, chacun n’inspire-t-il pas à aimer, à trouver ou à retrouver une existence en relation ouverte et bonne avec le prochain ?

Je pense à la parole de l’apôtre Paul disant que l’amour espère tout. Quelle audace, et quelle vérité ! Ecoutez calmement, regardez paisiblement, pesez avec le cœur… et vous entendrez, vous verrez, vous gouterez, des réalités que l’Esprit-Saint met au jour. Vous entendrez que le cœur d’un jeune comme celui d’un vieillard ou d’un enfant espère toujours qu’il peut recevoir et donner de l’amour dans la relation au prochain. Vous verrez des couleurs là où vous pensiez un moment qu’il n’y avait plus que du gris. Vous pèserez le poids de grâce de chaque personne humaine…

Certains diront peut-être : « vous rêvez ! vous n’y êtes pas du tout ! » Parce que la croix fait briller sur le monde la lumière de l’amour qui espère, alors, non, je ne rêve pas, je suis ancré plutôt au cœur du monde. Car, sans émerveillement, l’homme, disait Jean-Paul II, devient incapable d’une existence vraiment personnelle. Et qu’est-ce qu’une existence vraiment personnelle sinon celle qui accorde confiance aux autres, qui se fie entièrement à Dieu… dans une ouverture continuelle.

+ Benoît RIVIERE

 


Editorial d'Eglise d'Autun N° 2 - 25 janvier 2019ecoute

VENIR

Dans la prière chrétienne, nous disons notre confiance joyeuse et entière en « Dieu qui est, qui était et qui vient ». Venir est la caractéristique d’un désir d’entrer en alliance. Venir est le fait d’être en mouvement et d’être porté vers les autres. Dieu entre en communion avec nous. Il veut cette alliance avec nous. Jésus accomplit parfaitement cette alliance. En entrant dans le monde, il dit : « Tu m’as façonné un corps, alors j’ai dit « voici, je viens, pour faire, ô Dieu, ta volonté. » (Hébreux 10, 9).

Le psaume 94 commence par cette invitation : « venez, crions de joie pour le Seigneur ! » Il continue en nous pressant d’écouter la voix du Seigneur, faute de quoi nous serions maintenus hors de la paix de Dieu. Où donc venir ? Et où trouver ce lieu de l’écoute joyeuse du Seigneur ? L’assemblée liturgique et le frère ou la sœur vers qui nous porte la charité concrète chaque jour, constituent ce lieu. Là nous apprenons à tourner notre cœur vers Celui qui vient.

Notre vie est une grande aspiration au bonheur

Le père Denis HUERRE, ancien père abbé de l’abbaye de la Pierre qui Vire, disait que notre vie était au fond une grande aspiration au bonheur. Nous venons au monde pour chercher Dieu qui est bonheur infini, Dieu qui vient remplir de sa douce présence la vie de chacun et de tous.

Particulièrement aidés par l’évangile Saint Luc cette année (nous lisons l’évangile selon St Luc tous les dimanches du temps ordinaire de cette année C), laissons-nous toucher vraiment par Jésus, jusque dans notre intelligence, notre mémoire et notre volonté. Il supprime les murs de séparation et il vient, brisant les portes de la mort et brisant les cercles fermés de nos citadelles intérieures.

Une attente au plus secret du cœur humain

Au plus secret du cœur humain palpite une attente d’être appelé pour vivre dans la vérité et l’amour, une attente d’être en alliance toujours avec Dieu et les autres, une attente d’entrer chaque jour davantage dans la grâce de la vie fraternelle. Et quand nous nous prêtons à la prière, quand nous venons joyeusement dans l’assemblée eucharistique, quand nous considérons le faible et le pauvre, alors nous éprouvons la réalité de la présence de Dieu qui vient lui-même nous sauver. Qu’Il nous réconforte par le don de l’Esprit-Saint consolateur et donateur de la vie !


+ Benoît RIVIERE



Editorial d'Eglise d'Autn N° 1 - 11 janvier 2019

CONSENTIR à LA VIE



joieNous avons tellement tendance à résister spontanément à ce qui nous est imposé (comme si notre liberté s’en trouvait blessée !), que nous oublions que les choses les plus essentielles sont justement celles que nous n’avons aucunement choisies ! A commencer par ce que nous sommes. « Être », plutôt que « n’être pas », ce n’est tout de même pas rien ! C’est bon et c’est beau ! La vie n’a pas été proposée à notre choix ; nous y avons été plongés sans préalable et sans discussion ! Nous nous sommes retrouvés vivants un beau matin… sans l’avoir décidé ! Personne n’a décidé de naître, ni décidé des conditions de son propre surgissement dans l’existence.

La joie, ou l’absence de joie, vient justement du fait que nous consentons ou non à la vie comme un don reçu, et un don gracieux, heureux. Je ne parle pas seulement de la vie des autres, mais déjà de notre propre vie :
Consentons-nous à recevoir de Dieu ce que nous sommes ?
Consentons-nous à bénir Dieu de nous avoir fait naître de presque rien, que dis-je, de nous avoir tirés du néant à l’être ?
Y compris dans les âpretés de l’existence, goûtons-nous la joie d’être, et d’être quelque part où nous n’avons pas choisi ?

J’ai lu en ce début d’année un petit livre qui explique bien ces choses(*) , et je rentre d’un pèlerinage d’un jour auprès de Sainte Bernadette à Nevers, elle qui ne voulait pas passer un seul instant de sa vie sans aimer. De ce livre et de ce pèlerinage, je respire un parfum que je voudrais vous faire aussi sentir, en guise de vœux. C’est un parfum de joie, comme la joie d’un enfant qui sourit à la vie, comme celle qui est avant même l’effort, avant même les projets, la joie du oui à la vie et à la vie de chacun, sans exception. C’est un parfum qui se respire dans la relation avec le Père de nous tous, et devant le visage d’un tout petit comme devant le visage d’un ancien, parfum d’une joie qui n’a d’autre raison que le fait même de vivre en relation, et d’exister sans l’avoir aucunement, grâce à Dieu, décidé !

Alors, oui, avec vous, lecteurs d’Eglise d’Autun, je bénis Dieu de nous avoir appelés à la vie… et de venir sans cesse nous donner la joie !
Belle et sainte année 2019 !

+ Benoît RIVIERE


(*) Petit traité de la joie, consentir à la vie - Martin Steffens - Editions Marabout Poche. 2015