Changer d'attitude

Editorial d'Eglise d'Autun N° 5 - 8 mars 2019


Nous pouvons comprendre ainsi le chemin de conversion qu’est le temps favorable du Carême : « Jeûner, dit le pape François, c’est-à-dire changer d’attitude à l’égard des autres et des créateurs. »

Une plongée dans un autre univers culturel nous apprend que la beauté du cœur humain est infiniment respectable, et qu’elle se montre dans des coutumes et des visages si différents des nôtres. Avec quelques amis de Saône-et-Loire, j’ai eu la joie de me laisser accueillir récemment par les diocésains de Fénérive-Est (Madagascar), et par leur évêque, Mgr Marcellin RANDRIAMAMONJY, en plein été… près de l’équateur ! C’est dire la chaleur… mais je veux surtout insister sur la chaleur des dialogues vécus ! Les catholiques de Fénérive-Est concluaient leur synode diocésain durant quelques jours de fête autour du 18 février, date anniversaire de la création du diocèse, il y a 18 ans, et date également du 18ème anniversaire de la consécration épiscopale du 1er évêque de ce diocèse, Mgr Désiré TSARAHAZANA, devenu cardinal archevêque de Tamatave.

chemin02De ce choc salutaire avec ce que j’appellerai l’expression singulière de la beauté du cœur humain dans la culture malgache, je retiendrais trois ondes qui peuvent accompagner un « chemin de conversion », ou un « jeûne » si l’on préfère :
- Quand tant de repères sécuritaires ne sont pas là, quand l’existence au quotidien est un véritable combat contre le fatalisme, quand tant de fléaux récurrents pourraient miner la confiance et la joie, la simple relation humaine, sans autre chose que la délicatesse de l’écoute, de la parole calme et de l’humble présence, devient le pain quotidien nécessaire et essentiel. J’ai été frappé par la capacité du peuple malgache à manifester cette humble et belle qualité relationnelle.
- La patience devant l’adversité et les désillusions, la patience quand les conditions techniques sont défaillantes, la patience à refaire chaque jour les humbles gestes nécessaires à la vie des siens, voilà encore une qualité rayonnante de ce peuple si attachant.
- Enfin, je parlerais brièvement de l’humour si répandu dans les relations dont nous avons été témoins durant 8 jours, cet humour entretenu qui permet de tenir bon et de garder le sourire. Il me semble que c’est par charité les uns envers les autres, pour être mutuellement encouragés à marcher sans découragement, que les malgaches entretiennent finalement le sens de l’humour. L’humour se fait l’expression d’une espérance qui ne chancellera pas.

Je reviens au Carême dans lequel nous venons d’entrer. Qu’il rayonne de la bonne odeur du Christ, le frère universel, l’aimé de Dieu en qui le monde est sauvé ! Que nous « sortions » plus joyeusement à la rencontre des autres, dans l’humble respect de leur beauté propre, et dans le don généreux de notre temps ! Que nous sachions recevoir dans le visage et la patience des plus humbles l’appel du Christ lui-même !

+ Benoît RIVIERE